Mars, le mois des fêtes et des tempêtes

Déjà le 1er mars… Que le temps passe vite. Et je ne pense pas à l’hiver ici. Je pense au passage du temps en général, des années humaines scandées par les anniversaires de notre naissance, en particulier.

Mars, pour moi, c’est le temps de «ces» célébrations. Jusqu’à son décès le 22 avril 2008, la ronde  débutait par des Bonne Fête à Léo, mon père. Le 4.  Souvent par téléphone, le mois de mars étant, rappellait-il à chaque année «le mois des tempêtes». Et puis, le 10, c’était et c’est toujours Gabriel, mon fils. Et enfin, le 30, Luce, ma fille. 4-10-30, nous étions alors à l’ère des anniversaires de chiffres pairs.

Et voilà que maintenant, au bon gré de la vie,  des  naissances les  1er et le  5 mars se sont ajoutées. La séquence  mnémonique en a été modifiée pour devenir  1-5-10 et 30.  Si je croyais à la numérologie, je serais certainement troublée par le fait que 5 – 1 = 4. Mais comme je ne suis pas très portée sur de tels signes dont certains parlent comme étant le  destin,  j’attribue simplement le résultat de cette soustraction de ces deux additions à mes fêtes de mars au hasard.

Par contre – et même si je ne crois pas plus en l’astrologie – je commence à m’y connaître en Poissons (Luce étant exclue pour l’instant de mes observations puisqu’elle est Bélier).

1-4-5 et 10 : c’est quand même un échantillon statistiquement représentatif de l’espèce! Ou plutôt de la famille. Car des espèces de poissons, il en existe des milliers, des millions peut-être?

Pour en avoir pêché quelques-uns, j’ai décidé que les miens étaient, par moments, des truites de rivières et à d’autres, des saumons. Certainement pas des morues.

Je m’explique. Des morues, c’est certes délicieux, mais ça se tient en ban et c’est franchement un peu nono. Ça mord facilement et ça ne se débat pas un seul instant. C’est juste lourd à tirer jusqu’à la chaloupe.

Des truites de rivières? Elles sont d’une indépendante et d’une intelligence remarquable. Voient-elles une ombre se profiler sur la rive, entendent-elles un froissement de branches qu’elles se défilent ou pire encore, elles boudent l’hameçon. Elles mordent avec vigueur quand elles ne se sentent pas trop désirées. Et même les plus petites se débattent au bout de la ligne comme des diables dans l’eau bénite. Si vous n’y faites attention en décrochant vos appâts, elles vous filent entre les doigts et retournent dans l’eau. Pour déguster un filet de truite de rivière, il faut du mérite, de la patience et un brin de ruse.

Des saumons? Impossible de penser à un poisson plus déterminé (entêté) à vaincre les obstacles que ces bêtes lorsqu’elles retournent frayer dans la rivière qui les a vu naître. Je le sais, j’en ai vu franchir les bien nommées Big Falls de l’embouchure de la rivière Humber, à Terre-Neuve, en 1996. À preuve, ce vidéo pris exactement au même endroit, en 2007.

J’aurais préféré offrir en cadeau à mes Poissons, une représentation plus esthétique de leur force de caractère.  J’aurais choisi une autre musique. Mais enfin, ces quelques minutes au bord des Big Falls auront, je l’espère, le mérite de leur faire savoir qu’ils sont à mes yeux d’une espèce rare.

Après le phoque, le flétan!!!

C’était écrit dans le ciel : des écologistes, Greenpeace plus précisément, ont maintenant déclaré la guerre aux pêcheurs. Aux humains.

Arrivage de flétan aux Îles de la Madeleine, août 2009. Photo : Jean-François Noêl.

C’est n’est évidemment pas comme ça que la chose est présentée dans un article publié hier – le 5 février 2010, dans le quotidien Le Devoir,  hier, sous le titre «Loblaws ne vendra plus de poissons menacés. Greenpeace applaudit». Dans le discours, Greenpeace se targue plutôt de protéger les océans, en particulier en volant au secours des espèces de poisson menacées, comme le flétan, par exemple. Comment? En faisant pression sur ceux qui en vendent – et forcément en attisant la culpabilité de ceux qui en consomment – pour qu’ils cessent ces pratiques qui mettent en péril la survie de la planète. Je n’exagère pas. À preuve, cet extrait de l’article.

» Le groupe environnemental Greenpeace a salué hier la feuille de route que vient d’adopter Loblaw pour cesser la vente d’ici 2013 de tous les poissons menacés d’extinction, dont l’aiglefin et le flétan font partie. Le géant canadien de la distribution alimentaire répond ainsi aux demandes pressantes des écologistes, qui exigent depuis des mois que les poissons vendus au Canada répondent à des critères d’approvisionnement durable. Loblaw, tout comme ses concurrents, était régulièrement montré du doigt.

«Cette décision va dans la bonne direction pour les océans, a résumé hier Beth Hunter, coordonnatrice de la campagne Océans de Greenpeace. En effet, 90 % des grands poissons prédateurs ont déjà disparu de nos océans, et il est grandement temps de retirer toutes les espèces [menacées d’extinction] de nos tablettes.» Hier, cinq supermarchés Loblaws du Québec ont ouvert le bal en n’offrant plus à sa clientèle des poissons dits «à risque» et en l’indiquant clairement sur les étalages. Ailleurs au pays, d’autres supermarchés sélectionnés en ont fait tout autant. «Le but est d’éduquer les consommateurs sur les choix de poissons et fruits de mer issus du développement durable», a indiqué la compagnie par voie de communiqué, qui n’a toutefois pas détaillé la liste complète des poissons qu’elle souhaite à l’avenir retirer de ses tablettes.

Au total, 15 poissons et fruits de mer se retrouvent sur une liste rouge établie par Greenpeace, qui pointe ainsi les espèces dont les méthodes de pêche mettent en péril la survie à court ou à moyen terme. Les poissons d’élevage, quand ils font planer un risque pour l’équilibre écologique, sont aussi visés. La liste comprend l’espadon, la crevette tropicale, le flétan de l’Atlantique, la mactre de Stimpson, les pétoncles géants de l’Atlantique, le thon rouge et le saumon de l’Atlantique d’élevage. Entre autres

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Ces espèces sont-elles menacées? Sans doute. Est-il possible de les pêcher autrement qu’en en épuisant les stocks? J’en suis certaine. Je suis même convaincue qu’il se trouve, sur cette planète d’êtres humains, des hommes et des femmes qui se vouent à développer et mettre en oeuvre de telles pratiques. Et parmi eux, des PÊCHEURS, C’EST À DIRE DES ÊTRES HUMAINS – DES ENFANTS MÊME – DONT LA SURVIE DÉPEND DE CES POISSONS.

En faisant pression pour l’arrêt généralisé de la vente de ces poissons – sans nuance et distinctions des pratiques de pêche – ce sont ces êtres humains que certains écologistes condamnent à l’extinction.

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Mes nombreux séjours à Terre-Neuve et mes origines gaspésiennes ne sont pas étrangers à ma colère et surtout, à mon inquiétude devant les conséquences terribles de telles campagnes sur des milliers de personnes dont la survie dépend des ressources naturelles du sol, du sous-sol et des mers. En lisant cet article du Devoir, je n’ai pu m’empêcher de penser aux chasseurs de phoque, transformés en barbares sanguinaires par la Bardot et Sir Paul. Je n’ai pu m’empêcher de revoir les scènes de violence des chasseurs de chasseurs de phoque au large des ïles de la Madeleine et de Terre-Neuve. Et j’ai tout frais en mémoire ces propos d’un homme de Joe Batt’s Arm qui ignorait s’il allait prendre la mer vers la banquise le 1er avril pour chasser les phoques qui bouffent les morues. «Il y aura des phoques, mais pas de marché pour les vendre», a-t-il résumé.

En lisant cet article, je me suis aussi rappelée le roman Le parfum d’Adam de Jean-Christophe Rufin, paru en 2007 chez Flammarion.

Le parfum d'Adam. Jean-Christophe Rufin. 2007. Flammarion

Le médecin et écrivain y raconte l’histoire d’une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste, qui participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Sur la quatrième de couverture de ce thriller de fiction qui n’en est pas une, il est écrit ceci : «La défense de l’environnement n’a pas partout le visage sympathique qu’on lui connaît chez nous (lire en France). Le recherche du Paradis perdu, la nostalgie d’un temps où l’homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtier.»

Voici maintenant un extrait du compte-rendu d’une entrevue accordée par Jean-Christophe Rufin dans le cadre de l’émission Le Bateau ivre après la sortie de son roman.

«Selon Jean-Christophe Rufin, Le Parfum d’Adam n’est pas un roman d’anticipation : il décrit une réalité bien concrète. Rufin s’est inspiré, pour créer son héroïne, du canadien Paul Watson. Celui-ci s’est d’abord engagé aux côtés de Greenpeace dans les années 70, mais très vite, il s’est radicalisé et a crée Sea Shephered, association écologique très controversée. Son objectif est de lutter contre le massacre des baleines. Pour mener à bien cette action, on éperonne ou on saborde des navires baleiniers illégaux en pleine mer. Bref, on fait justice soi-même.

Rufin reconnaît qu’en France on a une vision de l’écologie très réformée, règlementée, idyllique. Mais aux Etats-Unis, on distingue différents courants : les humanistes qui veulent protéger la planète et les terroristes qui n’ont aucunes limites pour parvenir à leurs fins. Ces derniers pratiques une écologie radicale telle qu’elle a été pratiquée lors de son apparition, dans les années 20, à la même époque que les théories sur la pureté de la race. Jean-Christophe Rufin a voulu raconter une histoire décrivant un monde d’écologistes si amoureux des animaux qu’ils en arrivent à détester les Hommes.
Ce roman semble aller à contre-courant de ce qu’on peut voir actuellement sur les têtes de gondoles de nos librairies : non seulement il dénonce une certaine forme d’écologie, alors que ce thème a le vent en poupe, mais en plus, il alerte sur ses dangers puisque le FBI la considère comme la deuxième source de terrorisme mondial !»

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Loin de moi l’idée de comparer la campagne actuelle de Greenpace et ses méthodes à celles de Paul Watson. N’empêche, du flétan au hareng, de la crevette tropicale à celle de Matane, du Saumon d’élevage de l’Atlantique à celui du Pacifique (de Colombie-Britannique plus précisément), il n’y a qu’un pas… Que les bonnes consciences pourraient ne pas hésiter à franchir. Et de multiples dérives possibles, si le passé est garant de l’avenir.

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Mes excuses à Jean-François Noël pour l’utilisation non autorisée de sa magnifique photo de pêcheurs Madelinots publiée sur son tout aussi magnifique blogue Terre et Mer, à visiter absolument à l’adresse http://jfnoel.blogspot.com  et, en cliquant ici pour en voir plus sur l’arrivage de flétans, en août 2009.

Fun, fish and FOLK à Twillingate – 3

Jim Payne, en spectacle au Fun, Fish and Folk de Twillingate, 25 juillet 2009. Photo : Jacinthe Tremblay

Jim Payne, en spectacle au Fun, Fish and Folk de Twillingate, 25 juillet 2009. Photo : Jacinthe Tremblay

Après le FUN et le FISH, gracieusement offerst par Jody et sa bande, le FOLK, à Twillingate, m’est venu par son Festival, qui avait au programme, les 24 et 25 juillet, un spectacle de Jim Payne et Fergus O’Byrne. La présence de ces deux grands artistes était également possible grâce aux Célébrations Barlett 2009, qui les amènent à se produire dans 12 ports de l’île de Terre-Neuve et du Labrador cet été.

Je n’allais pas rater ça pour toutes les morues au monde!

C’était pour moi l’occasion d’entendre de vive voix – et l’expression est on ne peut plus juste dans le cas de Jim et Fergus – la classique Wave over Wave, dont Jim est l’auteur. C’est l’un de mes deux premiers coups de coeur, avec Sonny’s Dream, de Ron Hynes  partagés avec les auditeurs de l’émission PM, de la Première chaîne de la radio de Radio-Canada,  à laquelle je collaborais pour une première fois le 23 juillet dernier. – et pour deux autres fois le 30 juillet et le 6 aoüt.

Avant d’aller plus loin, je vous invite à écouter Jim et Fergus dans une version diffusée sur You Tube.

Je n’allais pas rater ça pour toutes les morues au monde aussi parce que Jim est l’artiste terre-neuvien qui m’a introduit à la musique et à la culture de son «pays», il y a de cela environ 30 ans. Nous sommes depuis devenus amis. Quand il m’a aperçu la binette à l’aréna de Twillingate, une vingtaine de minutes avant le début du spectacle, il a été à peine étonné. Je lui ai dit à la blague que j’étais venu spécialement à Twillingate pour assister à ce show. Il a rigolé. Nous nous sommes revus un peu à l’entracte et quelques minutes après la fin du spectacle. Fergus et lui devaient vite quitter Twillingate pour arriver à temps pour donner un spectacle le lendemain, à  St.Antony à l’extrémité ouest de la Côte ouest de Terre-Neuve. (voir l’horaire des prochains spectacles dans la page Mes Plages Musicales à Terre-Neuve.

Environ 30 ans, donc, que je croise Jim, la plupart du temps en coup de vent,  lors de mes séjours à Terre-Neuve. Le premier jour de mon premier séjour à Terre-Neuve, il se produisait chez Bridgett’s, un bar fermé il y a plusieurs années et qui était alors le haut lieu de la relève musicale de St.John’s.

Jim était alors un amateur prometteur, interprétant les grands du folk et de la pop de  l’époque, comme  Dylan et Lenon, ainsi que des chansons du folklore terre-neuvien et irlandais. Il avait également quelques chansons originales, que plusieurs personnes dans l’assistance connaissaient déjà.  Il affaichait ouvertement, en spectacle et en privé, sa colère contre les injustices envers les pêcheurs, les mineurs, les travailleurs de la forêt… en fait, envers les Terre-Neuviens en général. Il contestait les bienfaits de l’entrée de son »pays» dans la Confédération canadienne à l’issu d’un référendum gagné à l’arraché par les partisans de cette option, en 1949.  C’est beaucoup grâce à Jim que j’ai compris combien Terre-Neuve était une «société distincte» parmi les provinces canadiennes, avant même que cette expression soit utilisée pour parler de la nation québécoise. Pour Jim,  aucun doute possible, Terre-Neuve était une nation, comme le Québec. Il y allait de cet argument assez difficileent contestable, encore aujourd’hui : comment  Terre-Neuve pourrait-elle ne pas être une nation quand elle était, il y a moins de 30 ans à l’époque, un pays! Un pays sans grand lien d’ailleurs avec le Canada, les relations d’affaires et culturelles de ses habitants étant principalement diirigées vers la Côte Est des États-Unis (Boston, beaucoup), à l’Angleterre et à l’irlande.   Tout ça était intéressant, certes, mais il y avait plus : Jim illustrait remarquablement bien ses leçons d’histoire par sa musique et de ses chansons. Les thèmes et les sonorités que j’entendais ne ressemblaient à rien de ce que je connaissais en provenance du CANADA. Je découvrais la culture terre-neuvienne.  J’ai attrapé le virus, sans trouver meilleur traitement que de revenir à Terre-Neuve, encore et encore. J’ai vu ou entendu Jim à la plupart de mes séjours.

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Pas question donc, de rater l’occasion de voir ce qu’il était devenu comme artiste, une trentaine d’années après son show de débutant chez Bridgett’s. OH, ce qu’il a pris du métier! Il lui en a d’ailleurs fallu beaucoup à l’aréna de Twillingate en cet après-midi du 25 juillet 2009. Regardez ces photos, en excusant leur piètre qualitéé Vous comprendrez l’ampleur du défi de Jim et Fergus…

À l'avant, il y avait un vaste espace laissé vide pour la danse...

À l'avant, il y avait un vaste espace laissé vide pour la danse...

Les stands pour gagner des toutous rivalisaient avec Jim et Fergus

Les stands pour gagner des toutous rivalisaient avec Jim et Fergus

Pour Jim et Fergus, l'expression ouverte d'enthousiasme est venue des pieds des enfants

Pour Jim et Fergus, l'expression ouverte d'enthousiasme est venue des pieds des enfants

Un four que ce spectacle de Jim et Fergus? Absolument pas. Au contraire même. Les spectateurs qui étaient venus pour le spectacle écoutaient religieusement.  À plusieurs reprises, j’ai vu des hommes âgés murmurer les paroles des chansons traditionnelles. J’ai même vu quelques yeux mouillés pendant Wave over Wave. Cette chanson, écrite par Jim en 1983, trouve encore écho dans le coeur et les souvenirs de la majorité des Terre-neuviens qui vivent près des côtes, qu’ils aient ou non été pêcheurs ou marins. Et que ce soit pour aller pêcher le crabe, être mineur au Labrado ou travailler en Alberta, la majorité des hommes de cette province doivent encore quitter femme, enfants et maison plusieurs mois par année pour gagner leur vie.  t pour bien montrer que plus ça change, plus c’est pareil, Jim a ouvert le spectacle par une chanson sur le travail en forêt, une autre occupation en voie de disparition dans les régions dites «ressources» de Terre-Neuve et du Québec, entre autres.

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Avant de quitter Jim qui partait vers St.Anthony, je lui ai demandé ses impressions de son après-midi à l’aréna de Twillingate.  En souriant, il m’a dit : «Ce qui est merveilleux avec les spectacles, c’est que c’est toujours différent. Aujourd’hui, la majorité des gens étaient des personnes âgées venues à l’aréna pour fuir la chaleur. C’est pas étonnant qu’ils n’aient pas dansé. Et comme c’était l’ouverture de la pêche à la morue, c’est pas non plus étonnant si les plus jeunes étaient partis en mer plutôt que venir s’entasser à l’aréna de Twillingate.»

Trente ans après notre première rencontre, Jim a gagné en professionnalisme. Il a aussi gagné en sagesse!

Ce qui est certain par contre, c’est que si vous êtes quelque part sur la Côte Ouest de Terre-neuve dans les prochains jours, allez voir et entendre Jim et Fergus. Je parie que vous danserez!

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Lieu et dates des prochains spectacles de Jim et Fergus : Battle Harbour : 30 juillet. Cartwright : 1-2 août. L’Anse aux loups : 5-6 aoüt. Port au Choix : 8-9 août. Norris Point (dans le parc de Gros Morne) : 10-12 août. Corner Brook : 13-16 août.

Fun, FISH and Folk à Twillingate, 2

Le FUN sur la terrasse de Jody était le prélude à la réalisation de la deuxième promesse du Festival Fun, Fish and Folk de Twillingate. Le FISH. Mais une fois de plus, cet engagement n’a pas été respecté – pour moi du moins –  par le Festival mais par Jody et Rowena.

Vers 8h30 samedi matin, Rowena a cogné à la porte de  ma cabine pour me dire que Jody, Ketih et Jerry m’attendaient au quai pour aller à la pêche à la morue. «Vite, ils vont bientôt partir!», a-t-elle précisé fermement. J’ai attrapé un polar, une caméra et j’ai couru vers le quai de Crow Head, que j’avais visité aux aurores avec Saku.

Saku flaire les odeurs sur le quai de Crow Head, Twillingate Island, Terre-Neuve

Saku flaire les odeurs sur le quai de Crow Head, Twillingate Island, Terre-Neuve. Photo : Jacinthe Tremblay

Sur le quai, j’ai retrouvé Jody. Ketih et Jerry qui m’attendaient… d’une certaine manière. Comme j’étais arrivée, plus rien ne pressait. Il y avait mieux à faire pour Jody, comme mettre en filet des morues qui venaient d’arriver à quai, et en extraire les précieuses langues qu’il ferait éventuellement frire à son  J & J Fish Market. Comme rien ne pressait pour moi non plus, et que j’avais l’assurance d’aller à la pêche à la morue, j’en ai profité pour expérimenter l’appareil photo prêté par Luce, ma fille, maintenant équipée d’une Canon Mark II, avec des résultats assez impressionnants qu’elle partage dans son blogue La liste d’épicerie. J’ai pas mal de langues de morues à manger avant d’atteindre la même maîtrise mais j’ose inclure une photo de mes comparses de pêche à la morue, puisque j’en suis la seule témoin.

Jody, Keith et Jerry sur le quai, avant la pêche à la morue

Jody, Keith et Jerry sur le quai, avant la pêche à la morue

À ce moment-ci de l’histoire, une précision sur la nature de la pêche à la morue pratiquée à Terre-Neuve depuis le 26 juillet et pour les trois semaines suivantes s’impose. CETTE pêche à la morue n’a rien à voir avec l’industrie des pêches aujourd’hui disparue à Terre-Neuve, pour cause d’effondrement des stocks, de moratoire et – plusieurs Terre-neuviens l’affirment haut et fort – par ce que les phoques qui sont maintenant mieux protégés que tous les enfants de la terre (grâce à des stars comme Brigitte Bardot et Paul McCartney), que les phoques, donc, mangent à saciété ce qui pourrait être le début d’une relance d’une industrie de la pêche à la morue.

CETTE pêche à la morue est donc une pêche alimentaire. Un peu comme la pêche aux homards est permise aux Autochtones, les Terre-Neuviens ont le droit de pêcher la morue pendant trois semaines. Sans permis mais non sans limite. Cinq par pêcheur par jour et/ou 15 par embarcation. Jody, Keith, Jerry et moi allions donc partir en mer pour en revenir avec 15 morues – pas plus.

Nous sommes donc partis en mer avec Jody au volant. Jerry lui indiquait les spots où arrêter son bateau. Keith observait la scèene avec l’oeil d’un connaisseur de spots. Et moi, j’observais Jerry guider Jody vers des spots avec une certaine incrédulité. Or, Jerry connaissait vraiment les spots. Quand Jerry a dit à Jody d’arrêter son bateau HERE et que Jody a écouté son frérot, il y avait de la morue. Il y avait du FISH. des FISH. Car une morue ne vient jamais seule, comme le veut l’expression un banc de morue. Une morue, ça vit en gang! Et c’est nono pas à peu près.

La méthode de prise est simple. Il faut laisser dérouler un gros fil (de pêche, il va sans dire) ayant au bout un hameçon jusqu’à ce qu’on sente le fond. Comment? Si on ramène le fil trois tours vers soi et qu’après l’avoir laissé déroulé, il ne va pas plus loin, on a atteint le fond. Ensuite, on ramène un peu le fil vers soi et on relâche. Et on recommence. Et pendant ce va et vient, on surveille le p’tit coup. Celui que provoque la morue sur le fil quand elle mord. C’est là que ça peut devenir compliqué pour les néophytes. Je n’en suis pas. J’ai pêché la truite de rivière, de lac, la barbotte, le crapet soleil, le brochet et même l’esturgeon. Un p’tit coup produit un énorme changement dans la tension du fil. Pour qui sait reconnaître le p’tit coup. Ça ne s’explique pas le p »tit coup. Ça se sent. Et ça s’apprend pas l’expérience. Après le p’tit coup, c’est assez simple. On ramène le fil sans s’arrêter vers le bateau et à un moment donné, on voit apparaître une morue.

J’en ai pris trois. Je voulais les prendre en photo mais la carte de la caméra était pleine.  Juré : j’en ai pris trois, dont une pas mal grosse pour une morue des eaux intérieures. Environ 8 livres, m’a dit Jody. C’est Jerry qui a pris la plus grosse. 12 livres, selon Jody. Quand on est revenus au quai, un homme qui examinait les prises a remarqué la morue de 12 livres. «Belle morue«, a-t-il dit.

Keith m’a alors montré du doigt à cette homme et lui a dit : «C’est elle qui l’a attrapée¡». Keith s’est alors tourné vers moi, m’a fait un clin d’oeil et m’a dit : «C’est bien toi qui l’a attrapée cette morue-là, n’est-ce pas?». Je lui ai dit : «Certainement!», idée de conclure dans le FUN notre expédition de FISH.

Fogo Island, le 29 juillet 2009.

FUN. fish and folk à Twillingate – 1

J’avais à peine entré mes bagages dans ma cabine située sur une colline de Crow Head (voir Fun, Fish and Folk à Twillingate : intro), quand j’ai cru entendre «HI, Come for a Beer». J’ai regardé autour. Il n’y avait que moi dans les parages. N’empêche, il a fallu que Jody me lance à nouveau «HI, Come for a Beer», pour que je comprenne que j’étais bel et bien invitée sur sa terrasse, à quelques mètres de la cabine qu’il me louait. Impossible de refuser un tel appel.

Jody, un rondouillet bon vivant dans la fin de trentaine, est né à Twillingate, a vécu à Sault-Sainte-Marie, un peu à Toronto et est revenue s’installer à Twillingate pour de bon avec sa femme Rowena, il y a plus d’une dizaine d’années.  Ils ont ouvert le J & J Fish Market, qui est à la fois un minuscule bouiboui sur la Main de Twillingate et un grossiste de poissons et fruits de mer pour des supermarchés et des restaurants de toute la province.

Jody, propriétaire du J & J Fish Market de Twillingate et bon, très bon vivant.

Jody, propriétaire du J & J Fish Market de Twillingate et bon, très bon vivant.

Aux environs de 17 heures, le 24 juillet 2009, Jody tenait salon sur sa terrasse pendant que Rowena, elle, préparait des «fish and chips» et apprêtait crabe et homard frais pour les clients du bouiboui. Jody tenait salon avec – je précise – la bénédiction de Rowena. Jody et moi n’avons pas été très longtemps en tête-à-tête sur la terrasse. Le temps d’une bière, en fait.  Parce qu’il y en a eu deux, trois, quatre? Non. Trois. En plus de trois heures.

Une quinzaine de minutes après mon arrivée sur la terrasse, Keith et sa femme – je n’ai pas compris son prénom alors disons qu’elle s’appelle Mary -, sont venus nous rejoindre. Ils habitent à Bloomfield, dans la baie de Bonavista. Jody leur a offert une bière et a engagé la conversation avec Keith. Ces deux là se parlaient comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble – ce qui est impossible à Terre-Neuve puisqu’il n’y a pas d’industrie porcine ici.  Or,  Keith, Mary et Jody se rencontraient pour la première fois! Ils semblaient par ailleurs peu étonnés de savoir qu’il y a quelques minutes à peine, Jody et moi étions de purs inconnus l’un pour l’autre – et cela,  même si nous échangions comme si nous avions élevé les cochons ensemble.

Keith était là parce que la fille de Mary était chez Jody depuis une semaine pour visiter sa copine, la fille de Jody, qui était également sa cousine. Comment Mary pouvait-elle ne jamais avoir rencontré l’oncle de sa fille? Elle me l’a expliqué mais je n’ai pas compris, ma connaissance du Newfoundlish* étant un peu usée. Il y avait quelque chose comme un premier mariage et une séparation dans cette histoire. Qu’importe. Le FUN avait commencé à pogner sur la terrasse.

Et puis Jerry est arrivé, dans un Véhicule Utilitaire Sport (VUS) conduit pas une femme qui a jasé quelques instants avec Jody en restant dans le véhicule et qui est repartie. Jerry est le frère de Jody. «Shy» – timide -, m’a prévenu Jody,  comme pour s’excuser à l’avance du peu de conversation de son frérot avec la visite. Quelques minutes plus tard, un homme dans la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine s’est joint à nous avec sa petite fille de deux ans. Je n’ai pas retenu leurs noms. La petite fille était fascinée par Saku, qui était fasciné par la petite fille. Il sentait doucement son fond de culotte doucement. J’ai osé émettre l’hypothèse qu’il y avait peut-être quelque chose dans sa couche. Le père m’a dit qu’il venait de lui en mettre une nouvelle. Les pères oublient parfois que les petites filles peuvent récidiver rapidement. Je pense encore que Saku ne s’était pas trompé en s’intéressant au fond de culotte de la petite fille.

Son père – disons qu’il s’appelle John – était également concentré sur l’histoire qu’il avait commencé à me raconté. John est un pêcheur de crabe, par nécessité. Comme bien des hommes qui vivent dans les régions où jadis, on pêchait de la morue en abondance, John s’est tourné vers le crabe après l’effondrement des stocks de morue et le moratoire sur leur récolte. Pêcher le crabe peut rapporter des fortunes ou vous ruiner. Un crabier et son entretien coûtent très cher – beaucoup plus que les bateaux qui étaient utilisés pour pêcher la morue.

Cette année, la saison de pêche qui s’est terminée il y a quelques jours a été très moyenne pour John et plusieurs pêcheurs de crabe de Twillingate.  Malgré l’ouverture officielle de la pêche en avril, ils ont été forcés d’attendre plusieurs semaines pour prendre la mer.  D’abord pour cause de icebergs. Il y en avait tellement que les bateaux devaient rester à quai autour des îles de Twillingate. On ne peut être pêcheur dans la capitale mondiale des icebergs et s’imaginer pouvoir aller en tout temps cueillir les fruits de la mer dans les environs.  Tous les Terre-Neuviens le savent. Même tous les urbains qui ont vu le film Titanic le savent!

Donc, quand les icebergs se sont dispersés suffisamment pour permettre à John de se rendre à 110 kilomètres des côtes pour pêcher,  son crabier a eu des ennuis mécaniques en plein milieu de l’océan avant même qu’il puisse attraper un seul crustacé.  Retour donc de 110 kilomètres vers son port d’attache.  Une fois les réparations terminées, nouveau départ vers les eaux profondes entre Twillingate et le Labrador. Abondantes prises de crabe, cette fois, mais à un prix trop bas pour faire une bonne année.

Pendant que John me racontait cette histoire, sa femme est venue chercher leur petite fille et elle est repartie au volant de leur VUS.  Et Keith racontait des histoires. Jody riait des histoires de Keith. Même Jerry souriait aux histoires de Keith. Et Mary riait des rires et des sourires de Keith, de Jody et de Jerry. Et nous nous échangions, elle et moi, des rires et des sourires complices.

Le FUN est simple sur la terrasse de Jody.  Une bière, deux, trois. De nouvelles connaissances venues de Montréal ou de Bloomfield, un frère gêné et un copain de longue date pêcheur de crabe et sa petite fille. Qui se racontent des histoires en Newfoundlish. Qui en rient et en sourient. Sous le soleil et un ciel sans nuage. Sur une terrasse offrant une vue  imprenable sur la baie entre Crow Head et les falaises de la New World Island, voisine de Twillingate.

«Quand on est né ici, comment ne pas y revenir», m’avait dit Jody pendant notre tête à tête.  Il regardait alors le paysage. Mais je crois maintenant qu’il pensait aussi à ce FUN simple des salons impromptus sur sa terrasse.

PS. Avais-je dit  qu’à compter de la troisième bière, les hommes y ajoutent quelques larmes de whisky?  Et aussi que je ne suis pas allée au Festival ce soir-là pour avoir du FUN. Il y en avait amplement sur la terrasse de Jody.