1er avril 1949 : Ode à Terre-Neuve

St-Jean, Terre-Neuve. Le soleil hésite à se pointer ce matin. Sans doute pour respecter l’ambivalence des derniers des non-Canadiens en ce jour du 60e anniversaire de leur entrée officielle dans la Confédération.

Le 1er avril 1949, en ce FOUL DAY qu’ils n’oublieront jamais, bien des Terre-Neuviens avaient fièrement et tristement entonné The Ode to Newfoudland. Hier,  cet air a retenti du carillon de la Peace Tower, à Ottawa, pour marque l’anniversaire.

Il est de tradition à St-Jean, de monter au sommet de Signal Hill au lever du soleil le 1er juillet pour aller chanter The Ode to Newfoudland. Il y a une plus d’une dizaine d’années, des francophones et anglophones ont décidé d’ajouter à la fête l’interprétation de L’Hymne à Terre-Neuve. Ce projet a marqué la renaissance de la chorale la Rose des vents qui pourra ce soir être entendue Coast to Coast à l’émission Vous êtes ici, animée par Patrick Masbourian, sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada.

Pour en écouter quelques versions, vous pouvez cliquer ici. Dans ces quelques vidéos sur You Tube, vous pourrez voir et entendre le patriotisme des Terre-Neuviens et le talent extraordinaire de leurs artistes.

Voici la petite histoire de l’Ode to Newfoundland et ses paroles dans les deux langues officielles du Canada.

Hymne à Terre-Neuve Quand le soleil éclaire nos côtes
L’été chauffe nos coeurs
La mélodie de nos ruisseaux
Réveille nos forêts;
Nous chantons Terre-Neuve,
Patrie bien-aimée

Les orages battent nos rives,
Les vagues fouettent nos grèves;
Le tourbillon de nos tempêtes
Renforce notre amour.
Nous chantons Terre-Neuve,
Patrie bien-aimée

Quand le manteau de nos hivers
Couvre toute la terre;
A la nuit boréale,
Nos nuits dansent au vent.
pour notre Terre-Neuve,
Patrie bien-aimée

L’amour de nos aïeux, un phare;
Leurs valeurs, notre espoir;
Au ciel nous offrons leur prière.
Que Dieu protège Terre-Neuve,
Protège et garde
Notre pays Terre-Neuve.

Version officielle française de l’hymne « Ode to Newfoundland »
Traduction des étudiants de l’Institut Frecker, de Saint-Pierre et Miquelon
Septembre – décembre 1982

Zabriskie Point : le lever de soleil du photographe à la Hasselblad

Hier, j’ai reçu dans ma boîte de courriels un merveilleux cadeau, accompagnant un court message. En voici un extrait, dans sa langue originale. «I am the photographer with the Hasselblad you were talking at Zabriskie Point Jan 19th. I read your January 20th blog entry (more precisely, I got an interpretation with the help of Google language tools). I enjoyed the entry, you were paying close attention! I have attached the photograph I was working on as we spoke, I thought you might get a kick out of seeing it. I have also included an image composed from the more common vantage point, yes I did look that way as well! ». Stephen Gilligan.

zabriskie-point

Je garde pour moi la photo – magnifique – de Point Lobos, celle sur laquelle il travaillait quand nous nous sommes rencontrés. Celle que je partage ici est, comme il l’écrit si bien, une image «composée à partir du point d’observation le plus populaire».

C’est ce point de vue que la vaste majorité des touristes, armés de caméras numériques bas de gamme, rapportent en souvenir de leur lever de soleil à Zabriskie Point.  Je le sais. Je l’ai fait et deux fois plutôt qu’une.

La photographie de Stephen Gilligan me conforte dans ma décision du 19 janvier dernier de m’imprégner de la majesté de ce spectacle en utilisant mes sens comme outil de mémoire. Un lever de soleil dans le désert est en effet une expérience exceptionnelle pour les yeux, la peau et l’ouïe.  Les couleurs, la lumière et les ombres changent à chaque instant. Les mouvements de la lune qui disparaît et du soleil qui se pointe modifient la température de l’air ambiant. Le vent se lève et se calme. Il caresse la peau, sa musique romp le silence du désert. L’obsession du souvenir photographique peut – et fait souvent – rater cette rare expérience, possible uniquement, je crois, dans des lieux ouverts sur l’infini. Comme Signal Hill, à Saint.John’s, Terre-Neuve, par exemple.

Ce Zabriskie Point de Stephen Gilligan confirme une autre de mes réflexions sur la photographie de ces paysages : le noir et blanc traduit mieux l’impression laissé par le désert que la couleur. Bien sûr, les mutations des montagnes  du brun, au bleu, au rose et au jaune caramel fascinent et éblouissent. Mais la majesté du désert, pour moi, réside dans les jeux d’ombres et de lumière.  Le noir et blanc les saisit. La couleur les camouffle.

Les photos de Zabriskie Point des grands artistes de la caméra ont une autre précieuse qualité. Elles arrivent à déjouer une des grandes illusions du désert :  la conviction que ce qui est loin est à quelques mètres de nous. La caméra numérique bas de gamme se fait prendre à ces mirages.  En voici la preuve, avec un des mes clichés du même paysage. La Hasselblad, utilisée par un professionnel, révèle combien large est la Vallée de la Mort.

Soleil levant à Zabriskie Point, février 2007, Jacinthe Tremblay

Soleil levant à Zabriskie Point, février 2007, Jacinthe Tremblay

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Vous avez déjà échangé des adresses de courriel en voyage, dans l’enthousiasme d’un moment de complicité avec des inconnus? Ces engagements à garder le contact ont rarement des suites.  Le 19 janvier dernier, avant de quitter le poste d’observation de Zabriskie Point, j’avais laissé les coordonnées de ce carnet et mon adresse de courriel à un photographe à la Hasselblad venu saisir en noir et blanc le lever du soleil. Stephen Gilligan avait rapidement pris le bout de papier.  Il était intensément concentré sur son boulot, le regard et l’objectif pointés en direction des mouvements d’ombres sur Point Lobos, une zone du paysage immortalisée à la fin des années 1930 par le photographe Edward Weston, qu’il m’a fait découvrir et dont je reproduis encore la célèbre photo.

Point Lobos. Zabriskie Point. Edward Weston. 1938

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Dans mon billet du 19 janvier, j’écrivais : «l’homme à la Hasselblad m’a dit son nom. Si je le retrouve dans Internet, je vous le présenterai.» Malgré d’intenses recherches, je n’avais jamais retrouvé ce Stephen Gilligan dans Internet. Et j’avais presque oublié le bout de papier rapidement remis à ce professeur de photographie ontarien le 19 janvier.

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Vous avez déjà échangé des adresses de courriels en voyage dans l’enthouiasme d’un moment de complicité avec des inconnus? Même  si ces engagements à garder le contact ont rarement des suites, continuez à griffonner vos noms et adresses sur des bouts de papier.

Le courriel reçu hier de Stephen Gilligan prenait fin sur les mots suivants : «It was nice to meet you, however brief».

FOR ME TOO, STEPHEN GILLIGAN!

Soleil levant à Zabriskie Point, Martin Luther King Day 2009

J’ai vécu le lever du soleil  à Zabriskie Point hier, le 19 janvier 2009, la veille des célébrations de l’arrivée de Barak Obama à la Maison-Blanche. Quand j’ai fermé la télé avant de me diriger à ce rendez-vous, CNN délifait des entrevues de personnalités afro-américaines rappellant l’importance de Martin Luther King – le 19 janvier est sa journée.

Quand je suis arrivée au look-out de Zabriskie Point, j’ai vite constaté que le MLK Day était surtout, pour la trentaine de personnes venues assister au lever du soleil, un jour de congé férié et, une occasion d’utiliser leur caméra numérique. TOUS, sauf moi, regardaient le paysage à travers un objectif.  Certains étaient ouvertement impatients que l’astre du jour tarde à se montrer.  Vite, qu’on en finisse : il me faut rapporter le moment rose des montagnes d’en face. Après cet instant d’ailleurs, l’observatoire s’est pratiquement vidé, laissant aux rares mordus les meilleures places pour l’heure restant des jeux d’ombres et de lumières.  Un lever de soleil à Zabriskie Point, en version intégrale, dure plus de deux heures.

Parmi les irréductibles admirateurs de la totale, il ne restait plus, à la fin, que deux hommes et moi.  Moi, avec mes seuls yeux comme lentilles. Eux,  avec des caméras professionnelles.  Le premier, une Canon Mark II, l’appareil récemment acquis par ma fille Luce et dont les capacités transforment déjà son carnet WEB, La liste d’épicerie.  Il m’intriguait depuis mon arrivée parce que son appareil était dirigé ailleurs que tout le monde, moi y compris dans lesl photos publiées dans mon billet précédent.   Le second  a encore plus suscité ma curiosité. En plus de braquer sa caméra dans la même direction que le premier, l’homme dans la cinquantaine utilisait une Hasselblad argentique.

Hasselblad argentique

Hasselblad argentique

Il était donc, à l’évidence, un pro ou sinon un amateur extrême.

N’écoutant que ma curiosité, j’ai amorcé une conversation.

– Vous êtes photographe?

– Non. Vous êtes Française?

– Non. Je suis Québécoise. Si vous n’êtes pas photographe, vous êtes quand même équipé comme un pro…

– J’enseigne la photographie dans un collège spécialisé en Ontario et je suis venue ici faire quelques expériences. Il y a une longue et passionnante histoire des relations entre la photographie et Zabriskie Point.

– Pouvez-vous m’en parler un peu?

En me prévenant qu’il n’était pas un spécialiste – ce que j’ai pris avec un grain de sel puisqu’il venait de me dire qu’il n’était pas  un photographe (il a précisé commercial par la suite),  il m’a parlé d’Edward Weston ,  présenté par ses héritiers comme le photographe américain le plus influent du 20e siècle.  Il est célèbre, notamment, pour ses nus, si j’en juge les prix demandés pour des imprimés par ses descendants. (plus de 10 000.$).  Dans les années 1930,  Weston a photographié plusieurs sites de l’Ouest américain grâce à une bourse Guggenheim. Il a photographié Death Valley en 1938 et en a tiré une de ses  images les plus connus de Zabriskie Point.

Point Lobos. Zabriskie Point. Edward Weston. 1938

Point Lobos. Zabriskie Point. Edward Weston. 1938

En ce 19 janvier 2009, jour de Martin Luther King, c’est cette image que les deux photographes rencontrés au sommet de Zabriskie Point et qui y étaient venus ensemble  cherchaient à reproduire. Le premier avec sa Canon Mark II et l’autre avec sa Hasselblad argentique.

L’homme à la Hasselblad m’a dit son nom. Si je le retrouve dans Internet, je vous le présenterai. Depuis cette rencontre,  je vois d’un autre oeil des touristes à la caméra. Il y a peut-être un futur Edward Weston qui sommeille en eux. Ou encore un William Henry Jackson. Celui-là est responsable des premières photos de l’Ouest américain, en  1871. C’est en voyant ses images que le Congrès américain a décidé de créer, en 1872, le premier parc national des Éatats-Unis, le fameux Yellowstone de Yogi l’ours.

PS. sur l’heure du lever de soleil. It depends of what you want to see, m’a expliqué très judicieusement Roy, le gardien du camping du Panamint Springs Resort. Le soleil n’est pas une ampoule qu’on met à on ou à off  à  une heure précise, a-t-il ajouté.

J’ai retrouvé hier avec plaisir ce sage homme du désert. Dans une heure, nous partons ensemble vers le village fantôme de Darwin où vivent environ 50 personnes. Nous allons rencontrer la postière, une source intarrissable d’anecdotes, selon Roy. Je verrai alors si la Vallée de Panamint vibre au party Obama. Roy, lui, n’est pas très axcité par ce moment historique. Il attend de voir ce que ça va donner.

Écrit depuis une table ronde installée en  face de ma chambre du Panamint Springs Resort. Clichés à venir de cet univers, de Roy et des traces d’Obama dans le désert.