Lost in Translation : à la recherche du sens terre-neuvien du mot «Dildo».

Mon enquête  «Dildo» a débuté il y a quelques semaines, alors que je rédigeais les légendes des photos et illustrations des œuvres des artistes membres du Réseau culturel francophone de Terre-Neuve-et-Labrador en vue de la mise en ligne d’un Répertoire illustré de ses membres, plus tard en 2009.

Accompagnant la toile que vous pouvez voir ici, Michael Lainey, un peintre de Grand’Terre (Mainland), dans la Péninsule de Port-au-Port, avait indiqué comme titre : Dildo, Trinity Bay.

Dildo, Trinity Bay. Oeuvre de Michael Lainey, Grand'Terre, Péninsule de Port-au-Port, Terre-Neuve. Photo : François Pesant.

Dildo, Trinity Bay. Oeuvre de Michael Lainey, Grand'Terre, Péninsule de Port-au-Port, Terre-Neuve. Photo : François Pesant.

En vue de traduire le titre de cette œuvre, qui faisait visiblement référence à une réalité terre-neuvienne, je me suis lancée à la recherche d’une traduction française du mot Dildo. Je n’ai rien trouvé d’autre que le même mot : dildo, dont la seule définition disponible dans le cyberespace est la suivante, venant, dans ce cas, de  Wikipédia:

A dildo is a sexual device resembling a penis in shape, size, and overall appearance. Some expand this definition to include vibrators.[1] Others exclude penis prosthetic aids, which are known « extensions ». Some include penis-shaped items clearly designed with vaginal penetration in mind even if they are not true approximations of a penis. Some people include devices designed for anal penetration (butt plugs) while others do not. These devices often used by people of all genders and sexual orientations, for masturbation or for other sexual activity.

Soucieuse que ce pur blogue ne soit pas effacé par les censeurs, je n’inclus pas ici d’image de l’objet en question, par ailleurs facilement accessible dans Wikipédia.

***

Je n’étais pas vraiment très avancée. J’avais même un problème éthique. Est-ce que j’allais mettre dans la légende de cette scène portuaire bucolique un mot universellement connu pour nommer un jouet sexuel. Dans le but d’éviter de faire passer les Terre-neuviens en général – et Michael Lainey en particulier -, pour des demeurés, sinon des Newfies, j’ai décidé d’écrire dans la légende : Scène de Trinity Bay, Terre-Neuve.

Le mystère était cependant total. Est-ce que le mot «dildo», en langue terre-neuvienne, désigne une sorte de cabane utilisée par les pêcheurs? Une sorte d’embarcation? Ou est-ce que dans les cabanes ou les embarcations en question, les Terre-Neuviens utilisent des dildos, dans le sens connu de ce mot?

Il y a quelques jours, j’ai demandé à un serveur sympathique du Nicole’s Café, à Joe Batt’s Arm, une communauté de Fogo Island, ce qu’était un dildo. Il a rougi un peu, baissé le ton et m’a expliqué que Dildo était un minuscule village côtier de Terre-Neuve. La peinture de Michael Lainey décrivait donc une scène croquée à Dildo, un village de la Baie de Trinity.

Mais pourquoi avait-on donné un tel nom à ce village? C’est alors que j’ai consulté le Dictionnaire de l’anglais terre-neuvien offert à la consultation des clients par Nicole, la propriétaire du Nicole’s Café. On y trouve le  mot dildo. Et en Newfoundlisk, un dildo est bel et bien un objet!  En voici la définition, que l’on retrouve après l’entrée : Dildo – see thole pin.

Thole pin.  Also tole pin, dole pin, dildo. A Small rond stick or dowel fastened to the gun-whale of a rowboat to hold the roar in place.

Sometimes, two thole pins were used ans sometimes only one, which were fastened to the oar with a ring made of rope call a whet. «We usualy keeps a few spare dole pins in the risin’s of the rodney». The word thole is from the scottish and northern English dialect meaning to «bear».

Cette définition est accompagnée d’une illustration malheureusement inexistante dans le cyberespace. Et je vous le donne en mille : une thole pin – dildo – a toutes les apparences d’un dildo, dans sa définition la plus connue.

Chose certaine, Michael Lainey, dans la toile, a bel et bien représenté une scène de Dildo. Je le sais : j’y ai fait un petit détour en me dirigeant vers St.John’s. Je ne pouvais résister à voir de près la dite scène, d’autant plus que j’étais affamée. J’ai donc mangé des pétoncles délicieux dans un restaurant de Dildo. Et avant de me retrouver à quelques mètres du lieu précis qui a inspiré Michael Lainy, j’ai fait une photo à l’entrée de ce village vraiment bucolique de la baie de Trinity.

Dildo Days 2009

Et je soupçonne que certains touristes, apercevant la publicité du festival de Dildo, ont pu croire que les Terre-neuviens organisaient des événements offrant des plaisirs ailleurs tabous…

Écrit le 3 août sur une table d’une maison de The Battery, à St.John’s et acheminé dans le cyberpespace sur une table du restaurant Coffee Matters, sur Water Street, qui offre  gratuitement un accès Internet sans fil à ses clients et même à tous ceux qui s’assoient sur les tables installées sur le trottoir voisin.


Fun, Fish, Folk et FEMME à Twillingate

Où était Rowena, la douce de Jody, pendant tout ce FUN, ce FISH et ce FOLK à Twillingate? Au J & J Fish Market. À servir des fish & chips, à apprêter du crabe frais, à sourire aux clients habituels et aux nombreux touristes venus quadrupler la population de Twillingate et des îles environnantes pendant le FFFF. J’apercevais aussi son auto tard le soir et tôt le matin, de la fenêtre de ma cabine voisine de leur maison. Elle s’endort tôt Rowena les jours de festival. Elle croûle sous la fatigue – une belle fatigue car le festival est bon pour les affaires et pour revoir des connaissances exhilées en Alberta ou à Toronto pour le travail.

Le matin de mon départ, elle prenait une pause bien méritée d’après Festival, pour griller une cigarette dans une petite pièce qu’elle m’a présentée comme son fumoir. Elle m’a invitée à la joindre. Et nous avons placoté, doucement, simplement. Ce matin-là, Rowena avait les yeux bleus comme le ciel et la mer. Deux jours plus tôt, quand elle m’a fait visiter ma cabine, ses yeux étaient verts comme des pommes vertes et des raisins quand ils sont verts. Je n’avais pas bien compris son prénom et j’avais décidé qu’elle s’appelait Coriande, à cause de ses yeux et d’un petit quelque chose de sucré dans son sourire. Rowena, peu importe la couleur de son regard, est une femme magnifique.

Rowena, de Twillingate, née à Fogo, Terre-Neuve

Rowena, de Twillingate, née à Fogo, Terre-Neuve. Photo : Jacinthe Tremblay

Nous avons donc placoté dans son fumoir et  échangé quelques secrets de femmes – et qui le resteront.

Ce que je peux dire, par contre, c’est que Rowena est née à Fogo Island, à environ deux heures de route et de traversier de Twillingate, et qu’elle a quitté son coin natal avec ses parents lors du grand Resettlement des années 1960 à Terre-Neuve. Le gouvernement provincial avait alors décidé de fermer de très nombreux villages côtiers et de «relocaliser» leurs habitants dans des villes ou des communautés plus nombreuses. Une majorité des gens de Fogo ont décidé de résister et de rester. Pas les parents de Rowena. Ils sont déménagés à Twillindgate. À 14 ans, Rowena, elle, a décidé de se pousser. Elle est allée voir au Canada si elle y était.

Elle y a un jour trouvé mari en Ontario, puis s’est séparée. Au volant de son auto – elle ADORE conduire – elle a parcouru le Canada d’est en ouest – en évitant Terre-Neuve – et du sud au nord pendant cinq ans. Quatre mois par année, elle se rendait dans les Territoires du Nord-Ouest pour profiter du boom pétrolier pour se faire assez de fric pour continuer le voyage les huit autres mois. Un jour, en Ontario, elle a rencontré Jody. Coup de foudre et grossesse.

C’est alors que Rowena, qui s’était poussée de Twillingate,  et Jody, né à Twillingate, ont décidé qu’ils devaient être des parents, il n’y avait pas meilleur endroit sur terre pour jouer ce rôle qu’à…  Twillingate.

Rowena et Jody vivent ensemble à Twillingate depuis près de 15 ans. Ils sont heureux et ils eurent une seule enfant. «J’avais, l’idée m’est venue depuis de repartir», a conclu Rowena avant de se laisser prendre en photo.

Ce matin-là, elle avait les yeux bleus mais elle sentait toujours aussi bon et frais la coriande.

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écrit par un petit matin de brume à Fogo, le 31 juillet 2009.

Fun, fish and FOLK à Twillingate – 3

Jim Payne, en spectacle au Fun, Fish and Folk de Twillingate, 25 juillet 2009. Photo : Jacinthe Tremblay

Jim Payne, en spectacle au Fun, Fish and Folk de Twillingate, 25 juillet 2009. Photo : Jacinthe Tremblay

Après le FUN et le FISH, gracieusement offerst par Jody et sa bande, le FOLK, à Twillingate, m’est venu par son Festival, qui avait au programme, les 24 et 25 juillet, un spectacle de Jim Payne et Fergus O’Byrne. La présence de ces deux grands artistes était également possible grâce aux Célébrations Barlett 2009, qui les amènent à se produire dans 12 ports de l’île de Terre-Neuve et du Labrador cet été.

Je n’allais pas rater ça pour toutes les morues au monde!

C’était pour moi l’occasion d’entendre de vive voix – et l’expression est on ne peut plus juste dans le cas de Jim et Fergus – la classique Wave over Wave, dont Jim est l’auteur. C’est l’un de mes deux premiers coups de coeur, avec Sonny’s Dream, de Ron Hynes  partagés avec les auditeurs de l’émission PM, de la Première chaîne de la radio de Radio-Canada,  à laquelle je collaborais pour une première fois le 23 juillet dernier. – et pour deux autres fois le 30 juillet et le 6 aoüt.

Avant d’aller plus loin, je vous invite à écouter Jim et Fergus dans une version diffusée sur You Tube.

Je n’allais pas rater ça pour toutes les morues au monde aussi parce que Jim est l’artiste terre-neuvien qui m’a introduit à la musique et à la culture de son «pays», il y a de cela environ 30 ans. Nous sommes depuis devenus amis. Quand il m’a aperçu la binette à l’aréna de Twillingate, une vingtaine de minutes avant le début du spectacle, il a été à peine étonné. Je lui ai dit à la blague que j’étais venu spécialement à Twillingate pour assister à ce show. Il a rigolé. Nous nous sommes revus un peu à l’entracte et quelques minutes après la fin du spectacle. Fergus et lui devaient vite quitter Twillingate pour arriver à temps pour donner un spectacle le lendemain, à  St.Antony à l’extrémité ouest de la Côte ouest de Terre-Neuve. (voir l’horaire des prochains spectacles dans la page Mes Plages Musicales à Terre-Neuve.

Environ 30 ans, donc, que je croise Jim, la plupart du temps en coup de vent,  lors de mes séjours à Terre-Neuve. Le premier jour de mon premier séjour à Terre-Neuve, il se produisait chez Bridgett’s, un bar fermé il y a plusieurs années et qui était alors le haut lieu de la relève musicale de St.John’s.

Jim était alors un amateur prometteur, interprétant les grands du folk et de la pop de  l’époque, comme  Dylan et Lenon, ainsi que des chansons du folklore terre-neuvien et irlandais. Il avait également quelques chansons originales, que plusieurs personnes dans l’assistance connaissaient déjà.  Il affaichait ouvertement, en spectacle et en privé, sa colère contre les injustices envers les pêcheurs, les mineurs, les travailleurs de la forêt… en fait, envers les Terre-Neuviens en général. Il contestait les bienfaits de l’entrée de son »pays» dans la Confédération canadienne à l’issu d’un référendum gagné à l’arraché par les partisans de cette option, en 1949.  C’est beaucoup grâce à Jim que j’ai compris combien Terre-Neuve était une «société distincte» parmi les provinces canadiennes, avant même que cette expression soit utilisée pour parler de la nation québécoise. Pour Jim,  aucun doute possible, Terre-Neuve était une nation, comme le Québec. Il y allait de cet argument assez difficileent contestable, encore aujourd’hui : comment  Terre-Neuve pourrait-elle ne pas être une nation quand elle était, il y a moins de 30 ans à l’époque, un pays! Un pays sans grand lien d’ailleurs avec le Canada, les relations d’affaires et culturelles de ses habitants étant principalement diirigées vers la Côte Est des États-Unis (Boston, beaucoup), à l’Angleterre et à l’irlande.   Tout ça était intéressant, certes, mais il y avait plus : Jim illustrait remarquablement bien ses leçons d’histoire par sa musique et de ses chansons. Les thèmes et les sonorités que j’entendais ne ressemblaient à rien de ce que je connaissais en provenance du CANADA. Je découvrais la culture terre-neuvienne.  J’ai attrapé le virus, sans trouver meilleur traitement que de revenir à Terre-Neuve, encore et encore. J’ai vu ou entendu Jim à la plupart de mes séjours.

***

Pas question donc, de rater l’occasion de voir ce qu’il était devenu comme artiste, une trentaine d’années après son show de débutant chez Bridgett’s. OH, ce qu’il a pris du métier! Il lui en a d’ailleurs fallu beaucoup à l’aréna de Twillingate en cet après-midi du 25 juillet 2009. Regardez ces photos, en excusant leur piètre qualitéé Vous comprendrez l’ampleur du défi de Jim et Fergus…

À l'avant, il y avait un vaste espace laissé vide pour la danse...

À l'avant, il y avait un vaste espace laissé vide pour la danse...

Les stands pour gagner des toutous rivalisaient avec Jim et Fergus

Les stands pour gagner des toutous rivalisaient avec Jim et Fergus

Pour Jim et Fergus, l'expression ouverte d'enthousiasme est venue des pieds des enfants

Pour Jim et Fergus, l'expression ouverte d'enthousiasme est venue des pieds des enfants

Un four que ce spectacle de Jim et Fergus? Absolument pas. Au contraire même. Les spectateurs qui étaient venus pour le spectacle écoutaient religieusement.  À plusieurs reprises, j’ai vu des hommes âgés murmurer les paroles des chansons traditionnelles. J’ai même vu quelques yeux mouillés pendant Wave over Wave. Cette chanson, écrite par Jim en 1983, trouve encore écho dans le coeur et les souvenirs de la majorité des Terre-neuviens qui vivent près des côtes, qu’ils aient ou non été pêcheurs ou marins. Et que ce soit pour aller pêcher le crabe, être mineur au Labrado ou travailler en Alberta, la majorité des hommes de cette province doivent encore quitter femme, enfants et maison plusieurs mois par année pour gagner leur vie.  t pour bien montrer que plus ça change, plus c’est pareil, Jim a ouvert le spectacle par une chanson sur le travail en forêt, une autre occupation en voie de disparition dans les régions dites «ressources» de Terre-Neuve et du Québec, entre autres.

***

Avant de quitter Jim qui partait vers St.Anthony, je lui ai demandé ses impressions de son après-midi à l’aréna de Twillingate.  En souriant, il m’a dit : «Ce qui est merveilleux avec les spectacles, c’est que c’est toujours différent. Aujourd’hui, la majorité des gens étaient des personnes âgées venues à l’aréna pour fuir la chaleur. C’est pas étonnant qu’ils n’aient pas dansé. Et comme c’était l’ouverture de la pêche à la morue, c’est pas non plus étonnant si les plus jeunes étaient partis en mer plutôt que venir s’entasser à l’aréna de Twillingate.»

Trente ans après notre première rencontre, Jim a gagné en professionnalisme. Il a aussi gagné en sagesse!

Ce qui est certain par contre, c’est que si vous êtes quelque part sur la Côte Ouest de Terre-neuve dans les prochains jours, allez voir et entendre Jim et Fergus. Je parie que vous danserez!

***

Lieu et dates des prochains spectacles de Jim et Fergus : Battle Harbour : 30 juillet. Cartwright : 1-2 août. L’Anse aux loups : 5-6 aoüt. Port au Choix : 8-9 août. Norris Point (dans le parc de Gros Morne) : 10-12 août. Corner Brook : 13-16 août.

Fun, FISH and Folk à Twillingate, 2

Le FUN sur la terrasse de Jody était le prélude à la réalisation de la deuxième promesse du Festival Fun, Fish and Folk de Twillingate. Le FISH. Mais une fois de plus, cet engagement n’a pas été respecté – pour moi du moins –  par le Festival mais par Jody et Rowena.

Vers 8h30 samedi matin, Rowena a cogné à la porte de  ma cabine pour me dire que Jody, Ketih et Jerry m’attendaient au quai pour aller à la pêche à la morue. «Vite, ils vont bientôt partir!», a-t-elle précisé fermement. J’ai attrapé un polar, une caméra et j’ai couru vers le quai de Crow Head, que j’avais visité aux aurores avec Saku.

Saku flaire les odeurs sur le quai de Crow Head, Twillingate Island, Terre-Neuve

Saku flaire les odeurs sur le quai de Crow Head, Twillingate Island, Terre-Neuve. Photo : Jacinthe Tremblay

Sur le quai, j’ai retrouvé Jody. Ketih et Jerry qui m’attendaient… d’une certaine manière. Comme j’étais arrivée, plus rien ne pressait. Il y avait mieux à faire pour Jody, comme mettre en filet des morues qui venaient d’arriver à quai, et en extraire les précieuses langues qu’il ferait éventuellement frire à son  J & J Fish Market. Comme rien ne pressait pour moi non plus, et que j’avais l’assurance d’aller à la pêche à la morue, j’en ai profité pour expérimenter l’appareil photo prêté par Luce, ma fille, maintenant équipée d’une Canon Mark II, avec des résultats assez impressionnants qu’elle partage dans son blogue La liste d’épicerie. J’ai pas mal de langues de morues à manger avant d’atteindre la même maîtrise mais j’ose inclure une photo de mes comparses de pêche à la morue, puisque j’en suis la seule témoin.

Jody, Keith et Jerry sur le quai, avant la pêche à la morue

Jody, Keith et Jerry sur le quai, avant la pêche à la morue

À ce moment-ci de l’histoire, une précision sur la nature de la pêche à la morue pratiquée à Terre-Neuve depuis le 26 juillet et pour les trois semaines suivantes s’impose. CETTE pêche à la morue n’a rien à voir avec l’industrie des pêches aujourd’hui disparue à Terre-Neuve, pour cause d’effondrement des stocks, de moratoire et – plusieurs Terre-neuviens l’affirment haut et fort – par ce que les phoques qui sont maintenant mieux protégés que tous les enfants de la terre (grâce à des stars comme Brigitte Bardot et Paul McCartney), que les phoques, donc, mangent à saciété ce qui pourrait être le début d’une relance d’une industrie de la pêche à la morue.

CETTE pêche à la morue est donc une pêche alimentaire. Un peu comme la pêche aux homards est permise aux Autochtones, les Terre-Neuviens ont le droit de pêcher la morue pendant trois semaines. Sans permis mais non sans limite. Cinq par pêcheur par jour et/ou 15 par embarcation. Jody, Keith, Jerry et moi allions donc partir en mer pour en revenir avec 15 morues – pas plus.

Nous sommes donc partis en mer avec Jody au volant. Jerry lui indiquait les spots où arrêter son bateau. Keith observait la scèene avec l’oeil d’un connaisseur de spots. Et moi, j’observais Jerry guider Jody vers des spots avec une certaine incrédulité. Or, Jerry connaissait vraiment les spots. Quand Jerry a dit à Jody d’arrêter son bateau HERE et que Jody a écouté son frérot, il y avait de la morue. Il y avait du FISH. des FISH. Car une morue ne vient jamais seule, comme le veut l’expression un banc de morue. Une morue, ça vit en gang! Et c’est nono pas à peu près.

La méthode de prise est simple. Il faut laisser dérouler un gros fil (de pêche, il va sans dire) ayant au bout un hameçon jusqu’à ce qu’on sente le fond. Comment? Si on ramène le fil trois tours vers soi et qu’après l’avoir laissé déroulé, il ne va pas plus loin, on a atteint le fond. Ensuite, on ramène un peu le fil vers soi et on relâche. Et on recommence. Et pendant ce va et vient, on surveille le p’tit coup. Celui que provoque la morue sur le fil quand elle mord. C’est là que ça peut devenir compliqué pour les néophytes. Je n’en suis pas. J’ai pêché la truite de rivière, de lac, la barbotte, le crapet soleil, le brochet et même l’esturgeon. Un p’tit coup produit un énorme changement dans la tension du fil. Pour qui sait reconnaître le p’tit coup. Ça ne s’explique pas le p »tit coup. Ça se sent. Et ça s’apprend pas l’expérience. Après le p’tit coup, c’est assez simple. On ramène le fil sans s’arrêter vers le bateau et à un moment donné, on voit apparaître une morue.

J’en ai pris trois. Je voulais les prendre en photo mais la carte de la caméra était pleine.  Juré : j’en ai pris trois, dont une pas mal grosse pour une morue des eaux intérieures. Environ 8 livres, m’a dit Jody. C’est Jerry qui a pris la plus grosse. 12 livres, selon Jody. Quand on est revenus au quai, un homme qui examinait les prises a remarqué la morue de 12 livres. «Belle morue«, a-t-il dit.

Keith m’a alors montré du doigt à cette homme et lui a dit : «C’est elle qui l’a attrapée¡». Keith s’est alors tourné vers moi, m’a fait un clin d’oeil et m’a dit : «C’est bien toi qui l’a attrapée cette morue-là, n’est-ce pas?». Je lui ai dit : «Certainement!», idée de conclure dans le FUN notre expédition de FISH.

Fogo Island, le 29 juillet 2009.

FUN. fish and folk à Twillingate – 1

J’avais à peine entré mes bagages dans ma cabine située sur une colline de Crow Head (voir Fun, Fish and Folk à Twillingate : intro), quand j’ai cru entendre «HI, Come for a Beer». J’ai regardé autour. Il n’y avait que moi dans les parages. N’empêche, il a fallu que Jody me lance à nouveau «HI, Come for a Beer», pour que je comprenne que j’étais bel et bien invitée sur sa terrasse, à quelques mètres de la cabine qu’il me louait. Impossible de refuser un tel appel.

Jody, un rondouillet bon vivant dans la fin de trentaine, est né à Twillingate, a vécu à Sault-Sainte-Marie, un peu à Toronto et est revenue s’installer à Twillingate pour de bon avec sa femme Rowena, il y a plus d’une dizaine d’années.  Ils ont ouvert le J & J Fish Market, qui est à la fois un minuscule bouiboui sur la Main de Twillingate et un grossiste de poissons et fruits de mer pour des supermarchés et des restaurants de toute la province.

Jody, propriétaire du J & J Fish Market de Twillingate et bon, très bon vivant.

Jody, propriétaire du J & J Fish Market de Twillingate et bon, très bon vivant.

Aux environs de 17 heures, le 24 juillet 2009, Jody tenait salon sur sa terrasse pendant que Rowena, elle, préparait des «fish and chips» et apprêtait crabe et homard frais pour les clients du bouiboui. Jody tenait salon avec – je précise – la bénédiction de Rowena. Jody et moi n’avons pas été très longtemps en tête-à-tête sur la terrasse. Le temps d’une bière, en fait.  Parce qu’il y en a eu deux, trois, quatre? Non. Trois. En plus de trois heures.

Une quinzaine de minutes après mon arrivée sur la terrasse, Keith et sa femme – je n’ai pas compris son prénom alors disons qu’elle s’appelle Mary -, sont venus nous rejoindre. Ils habitent à Bloomfield, dans la baie de Bonavista. Jody leur a offert une bière et a engagé la conversation avec Keith. Ces deux là se parlaient comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble – ce qui est impossible à Terre-Neuve puisqu’il n’y a pas d’industrie porcine ici.  Or,  Keith, Mary et Jody se rencontraient pour la première fois! Ils semblaient par ailleurs peu étonnés de savoir qu’il y a quelques minutes à peine, Jody et moi étions de purs inconnus l’un pour l’autre – et cela,  même si nous échangions comme si nous avions élevé les cochons ensemble.

Keith était là parce que la fille de Mary était chez Jody depuis une semaine pour visiter sa copine, la fille de Jody, qui était également sa cousine. Comment Mary pouvait-elle ne jamais avoir rencontré l’oncle de sa fille? Elle me l’a expliqué mais je n’ai pas compris, ma connaissance du Newfoundlish* étant un peu usée. Il y avait quelque chose comme un premier mariage et une séparation dans cette histoire. Qu’importe. Le FUN avait commencé à pogner sur la terrasse.

Et puis Jerry est arrivé, dans un Véhicule Utilitaire Sport (VUS) conduit pas une femme qui a jasé quelques instants avec Jody en restant dans le véhicule et qui est repartie. Jerry est le frère de Jody. «Shy» – timide -, m’a prévenu Jody,  comme pour s’excuser à l’avance du peu de conversation de son frérot avec la visite. Quelques minutes plus tard, un homme dans la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine s’est joint à nous avec sa petite fille de deux ans. Je n’ai pas retenu leurs noms. La petite fille était fascinée par Saku, qui était fasciné par la petite fille. Il sentait doucement son fond de culotte doucement. J’ai osé émettre l’hypothèse qu’il y avait peut-être quelque chose dans sa couche. Le père m’a dit qu’il venait de lui en mettre une nouvelle. Les pères oublient parfois que les petites filles peuvent récidiver rapidement. Je pense encore que Saku ne s’était pas trompé en s’intéressant au fond de culotte de la petite fille.

Son père – disons qu’il s’appelle John – était également concentré sur l’histoire qu’il avait commencé à me raconté. John est un pêcheur de crabe, par nécessité. Comme bien des hommes qui vivent dans les régions où jadis, on pêchait de la morue en abondance, John s’est tourné vers le crabe après l’effondrement des stocks de morue et le moratoire sur leur récolte. Pêcher le crabe peut rapporter des fortunes ou vous ruiner. Un crabier et son entretien coûtent très cher – beaucoup plus que les bateaux qui étaient utilisés pour pêcher la morue.

Cette année, la saison de pêche qui s’est terminée il y a quelques jours a été très moyenne pour John et plusieurs pêcheurs de crabe de Twillingate.  Malgré l’ouverture officielle de la pêche en avril, ils ont été forcés d’attendre plusieurs semaines pour prendre la mer.  D’abord pour cause de icebergs. Il y en avait tellement que les bateaux devaient rester à quai autour des îles de Twillingate. On ne peut être pêcheur dans la capitale mondiale des icebergs et s’imaginer pouvoir aller en tout temps cueillir les fruits de la mer dans les environs.  Tous les Terre-Neuviens le savent. Même tous les urbains qui ont vu le film Titanic le savent!

Donc, quand les icebergs se sont dispersés suffisamment pour permettre à John de se rendre à 110 kilomètres des côtes pour pêcher,  son crabier a eu des ennuis mécaniques en plein milieu de l’océan avant même qu’il puisse attraper un seul crustacé.  Retour donc de 110 kilomètres vers son port d’attache.  Une fois les réparations terminées, nouveau départ vers les eaux profondes entre Twillingate et le Labrador. Abondantes prises de crabe, cette fois, mais à un prix trop bas pour faire une bonne année.

Pendant que John me racontait cette histoire, sa femme est venue chercher leur petite fille et elle est repartie au volant de leur VUS.  Et Keith racontait des histoires. Jody riait des histoires de Keith. Même Jerry souriait aux histoires de Keith. Et Mary riait des rires et des sourires de Keith, de Jody et de Jerry. Et nous nous échangions, elle et moi, des rires et des sourires complices.

Le FUN est simple sur la terrasse de Jody.  Une bière, deux, trois. De nouvelles connaissances venues de Montréal ou de Bloomfield, un frère gêné et un copain de longue date pêcheur de crabe et sa petite fille. Qui se racontent des histoires en Newfoundlish. Qui en rient et en sourient. Sous le soleil et un ciel sans nuage. Sur une terrasse offrant une vue  imprenable sur la baie entre Crow Head et les falaises de la New World Island, voisine de Twillingate.

«Quand on est né ici, comment ne pas y revenir», m’avait dit Jody pendant notre tête à tête.  Il regardait alors le paysage. Mais je crois maintenant qu’il pensait aussi à ce FUN simple des salons impromptus sur sa terrasse.

PS. Avais-je dit  qu’à compter de la troisième bière, les hommes y ajoutent quelques larmes de whisky?  Et aussi que je ne suis pas allée au Festival ce soir-là pour avoir du FUN. Il y en avait amplement sur la terrasse de Jody.

Fun, Fish and Folk à Twillingate : un préambule.

Fun, Fish and Folk, c’est le nom du festival annuel de  Twillingate, à Terre-Neuve qui a pris fin hier, 26 juillet 2009, par une messe. Était-ce à cause de la Foi des gens d’ici que l’événement de clôture de ce festival avait ce caractère religieux? Ou simplement parce que c’était un dimanche? Ou encore parce qu’il fallait se faire pardonner tous les péchés commis pendant ces festivités qui durent une longue semaine pendant laquelle la bière et autres boissons coulent à flot? Peu importe. Ce que je sais, c’est que Twillingate m’a offert pendant les quelques heures où j’y ai séjourné les trois F promis par ce festival.

Avant d’aller plus loin avec le récit des triples F, quelques précisions géographiques s’imposent.

Twillingate est un petit village au cœur de l’une des îles d’un archipel situé dans la région de l’île de Terre-Neuve appelée «Adventure Central» par le ministère du Tourisme, de la culture et des loisirs de la province.  Dans le guide touristique fort bien fait offert gracieusement par ce ministère, le parcours qui nous conduit à Twillingate a pour nom : The Kittiwake Coast : Road to the Isles. Les Isles en question sont Change et Fogo Island, qui elles sont dans le segment touristique The Killiwake Coast : Islands Experience.

Twilingate donc, a comme voisine d’autres îles auxquelles elle est reliée par des ponts parfois minuscules, comme ceux qui mènent, notamment, à l’île de Little Harbour, à la New World Island et à l’île de Crow Head, où je loge et qui est maintenant administrativement désignée comme Twilligante Nord, alors que le village de Twillingate est aujourd’hui administrativement désigné comme Twillingate Sud.

Cet archipel est relié à l’île de Terre-Neuve non pas par un pont mais pas un Causeway Ayant écrit ce billet off line, sans le précieux secours du Grand dictionnaire terminologique de l’Office de la langue française du Québec, je ne peux vous donner la traduction du mot Causeway. J’ose toutefois une définition : bande de terre  construite par l’Homme dans des eaux peu profondes afin de relier deux îles sans pont.

Un Causeway peut être inondé, s’affaisser mais il ne peut s’effondrer comme le pont de Québec jadis, celui de Trois-Rivières plus tard et plus récemment, comme le Pont de la Concorde. C’est une construction qui illustre le génie maritime, pas le génie civil.

Ces précisions visant aussi à établir que Terre-Neuve-et-Labrador est une province IMMENSE, je raconterai dans un prochain billet en quoi et comment Twillingate a rempli, pour moi, toutes ses promesses de FUN, FISH and FOLK sans cependant qu’elles m’aient toutes été livrées par son festival.