1er novembre 2009 – Odeurs berlinoises à Montréal

Premier jour du mois des morts dans le calendrier catholique. Jour d’élections municipales à Montréal. Jour de longue marche avec Saku, entre Outremont et Rosemont. Jour au petit matin gris, enveloppé d’une léger brouillard qui, dans le climat de la métropole du Québec, annonce le soleil. Ou était-ce du smog? Peut-être. Sans doute même que c’était plus la polllution de l’air qui m’a soudain fait penser que : «Aujourd’hui, à Montréal, quelque chose va mourir. ». L’air malsain, oui, c’est ça qui m’a inspiré cette réflexion. Et les odeurs âcres, mélange de gaz d’échappement des autos et de pisse sous le viaduc de la rue Saint-Laurent, entre Van Horne et Beaubien, qui m’ont transporté dans les zones bétonnées des vieux quartiers ouvriers des villes européennes. Et à la sortie du viaduc, j’ai eu la preuve que j’avais senti juste. J’ai vu le Mur. «Nous sommes à Berlin Saku!». Mon chien urbain aussi avait flairé l’ailleurs, à quelques pas de marche de notre quartier. «Berlin?». «Oui, Saku. Berlin.»

Sortie du viaduc St-Laurent/Van Horne, vu de l'EST.

À Montréal, la rue Saint-Laurent marque le départ de l’est et de l’ouest dans les numéros civiques, comme dans la culture urbaine. C’est la frontière psychologique qui marque le passage des anciens quartiers ouvriers montréalais à une certaine richesse outremontoise puis à la richesse certaine des Westmount and Town of Mount-Royal de l’île. Non pas que ces royaumes de l’ouest soient exempts de misère. Mais la misère y est tout autre. Elle a le ventre et le porte-feuille garnis. Et du beau linge.

Le mur bétonné du viaduc Van Horne, sur Saint-Laurent, quand on le voit depuis l’Est, offre au regard quelques grifonnages monochromes et de vieilles affiches illisiblles, comme la face Est du Mur jadis. Et ces odeurs âcres qui prennent à la gorge. Et cette impression de délâbrement – d’abandon même de la part des pouvoirs publics – des infrastructures des anciens quartiers ouvriers des vieilles villes européennes.

Et j’ai dit tout haut ce que je méditais en silence depuis mon entrée sous le tunnel. «Aujourd’hui, Saku, quelque chose va mourir»

***

Et puis, je me suis prise à observer le mur bétonné du viaduc Van Horne, rue Saint-Laurent, quand on l’examine depuis l’Ouest. Malgré le brouillard – ou plutôt le smog et l’air malsain -, il affichait ce matin-là ses couleurs douces captant l’arrivée lente du soleil.

En regardant ces graffitis joyeux sur la face du viaduc donnant vers l’Est – donc déposés depuis l’Ouest – quelques mots se sont ajoutés à mon intuition matinale, en ce premier jour du mois des morts dans le calendrier catholique et en ce jour des élections municipales à Montréal. «Aujourd’hui, Saku, quelque chose va mourir. Et quelque chose va naître», que j’ai dit à mon chien urbain. «Quoi?», m’a-t-il demandé avec insistance en me toisant directement dans les yeux. «Je n’en ai aucune espèce d’idée», que je lui ai répondu avant de poursuivre notre marche en direction Est, vers Rosemont.

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PS. Pendant mon passage au Devoir, j’ai commis un article sur le segment du Mur de Berlin offert à la Ville de Montréal à l’occasion de son 350e anniversaire, en 1992. Il était accompagné par cette photo, signée Jacques Grenier.

Pan entier du Mur de Berlin, Centre de commerce mondial, Montréal. Photo : Jacques Grenier, du Devoir.

Et voici le texte publié sous ma signature le 26 juillet 2008.

Tout un pan de l’histoire dans un pan de mur

Tremblay, Jacinthe

Pour son 350e anniversaire en 1992, Montréal a hérité du plus gros et du plus intéressant segment du mur de Berlin, dont les fragments ont été offerts aux villes du monde par la capitale allemande réunifiée. Même si son observation dure seulement quelques minutes, la puissance d’évocation de ce segment, elle, reste dans la mémoire longtemps.

De l’allure de l’objet lui-même, il vaut mieux écrire peu de chose. Ce serait l’équivalent de révéler le punch d’un court métrage. Disons simplement que cette visite nous entraîne à la frontière entre Berlin-Ouest et Berlin-Est d’avant le 9 novembre 1989 et que c’est en faisant le tour du mastodonte lentement que l’on peut parvenir à l’imaginer.

Pour ce retour «vers un futur» qu’on ne souhaite à personne, il faut se rendre rue Saint-Pierre, dans le Vieux-Montréal, et franchir la porte d’entrée du Centre de commerce mondial située en haut de la pente entre Saint-Antoine et Saint-Jacques. Ce qui se dresse devant nous n’est pas le résultat d’un coup de colère d’un gang de rue mais l’oeuvre de graffitistes ouest-allemands.

Qu’est-ce que le mur de Berlin?

Il est de tradition, lors des anniversaires importants d’une ville, que ses homologues lui offrent des cadeaux. Il s’agit généralement de toiles ou d’oeuvres d’art public créées par des artistes éminents de la communauté donatrice. Généralement, la ville héritière connaît à l’avance le contenu du don et ce qu’elle aura à faire pour le mettre en valeur. Ça ne s’est pas passé comme ça avec Berlin.

En 1991, le premier magistrat de Berlin en a fait un cadeau-surprise à la Ville de Montréal. Le présent lui-même est arrivé à destination comme une tonne de brique, plus précisément comme deux tonnes et demie métriques de béton armé livrées par bateau dans un énorme caisson. La métropole pouvait ainsi se targuer de supplanter sa rivale canadienne au chapitre de la taille du don: la Ville de Toronto en a reçu un modeste morceau qu’elle a enrobé dans une oeuvre d’art public bien en vue au Nathan Phillip Square, devant son hôtel de ville. À Montréal, il a fallu trois ans pour trouver un endroit pour mettre en valeur la «chose». C’est que plusieurs questions artistico-politico-logistiques devaient d’abord être résolues.

Le mur de Berlin est-il une oeuvre d’art? Non. Les musées montréalais n’en ont pas voulu. Est-il un artefact historique? Oui, et de classe mondiale pour un établissement consacré à la mémoire des civilisations. Ottawa et Québec en ont un, pas Montréal. Le Mur est-il une oeuvre d’art public? Il en a toutes les apparences. La piste visant à l’exposer dehors a donc été explorée avant d’être rejetée pour trois raisons. Sans enrobage protecteur, le fragment du Mur risquait de devenir la proie des vandales et des collectionneurs. Enveloppé d’un matériau transparent, il perdait en impact. Dernière considération et non la moindre: il était périlleux de le localiser sans soulever de controverse dans la ville. Imaginez le mur de Berlin dans l’axe Nord-Sud, sur le boulevard Saint-Laurent, par exemple…

C’est une offre de la Société de promotion du Centre de commerce mondial, en 1994, qui a permis de résoudre la quasi-quadrature du cercle. Le fragment du mur de Berlin serait le bienvenu dans le passage piétonnier des édifices qui occupent le quadrilatère compris entre les rues Saint-Pierre, Saint-Jacques, McGill et Saint-Antoine. Ce lieu lumineux est le prolongement de ce qui était la ruelle longeant les fortifications de Montréal, érigées à compter de 1714. Cet autre mur a été démoli en 1801 afin de relier sans entrave la vieille ville aux nouveaux quartiers de la métropole en plein essor. Ce lieu hautement symbolique a un vilain défaut: il est demeuré pratiquement confidentiel.

«Ce morceau de mur est couteau qui fendait un coeur en deux.» C’est ainsi que débute le touchant poème de l’auteur allemand Fritz Grasshof affiché du côté est du Mur et qui fait partie intégrante du cadeau berlinois. Pour prolonger la visite, prenez-le en note pour le mémoriser. Prenez aussi le temps de lire lentement les panneaux d’interprétation situés du côté République démocratique allemande du Mur. Ils nous apprennent entre autres que 78 personnes – au moins – sont mortes en tentant de le franchir. Prenez le temps d’imaginer 170 kilomètres de cette grisaille où n’apparaissent que des numéros noirs et ocres. Et allez voir de l’autre côté du segment les taches orange, turquoise et bleues lancées sur le béton comme autant d’hymnes à la vie par de jeunes Allemands de l’Ouest qui ont fait du Mur la plus grande murale du monde. À l’Ouest, ces graffitis laissaient déjà présager sa chute. «Ce morceau de béton est message: la liberté d’un peuple est indivisible», conclut le poète Grasshof. À l’Est, autrement, il est aussi tombé avant qu’il ne tombe.

***

À voir en complément: le film La Vie des autres (2007), du réalisateur Florian Henckel von Donnersmonck, Oscar du meilleur film en langue étrangère.

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Saku. le chien-enquêteur, fait un pari et gagne

Désolée, la marche autour de l’ancienne Miron a été reportée, pour cause de tombée et de courses de fin de semaine… Saku et moi avons donc fait le tour des alentours ces derniers-jours.

Mardi, en approchant du chantier de la 9e avenue que nous visitions dans nos deux récents billets, Saku s’est arrêté. Il a longuement regardé la rue remplie de No Parking, l’homme au travail sur la pancarte et la rue au sol recouvert de concassé. Et il a fait cette prédiction : «Les travaux vont reprendre demain». Je lui ai demandé ce qui lui permettait de jouer les devins. «Les élections municipales sont dimanche. Donc, les travaux vont reprendre demain, juste à temps pour que les gens voient une belle rue neuve en allant voter.»

Ce chien urbain ne lit peut-être pas les nouvelles et n’a aucune espèce d’idée de l’ampleur de ce qu’on y apprend ces jours-ci sur l’industrie de la construction et ses amis en hauts et bas lieux mais chose certaine, il a du flair!

Hier, les camions ont commencé à arriver sur la 9e. Voyez ça comme c’est beau!

9e avenue, 4 jours avant le jour J«Je l’avais dit que les travaux reprendraient. Je te le dis, ils seront finis avant dimanche», m’a nargué Saku. «OK, OK. Mais moi je te dis qu’ils ne seront pas tout à fait finis. Tiens, regardes ça»

On reviendra l'an prochain?

On reviendra l'année prochaine?

Ce soir, à deux jours de l’élection municipale donc, j’abdique : Saku, mon chien enquêteur, avait vu juste. Ça bourdonnait de camions et ça sentait le goudron sur la 9e, pas à peu près.

9e3joursélection

Pavage de la 9e : on ne lésine pas sur l'overtime.

Avant d’arriver sur Masson, Saku s’est encore une fois arrêté. Il m’a montré un gros camion. «Tu ne m’avais pas dit que c’était Infrabec qui avait eu ce contrat? C’est pas le même signe et les mêmes couleurs sur ce gros-là. Vert et jaune, c’est pas mal. Et ces grosses lettres là, ça fesse! Mais j’aime mieux quand c’est rouge et blanc, avec la p’tite pizza.»

9esimardbeaudryOn a terminé notre ronde en allant voir dans la ruelle entre la 9e et la 8e. Elle était pleine de décorations d’Halloween l’an dernier. C’est curieux, il n’y a rien du tout cette année. C’est triste.  Comme le temps qu’on annonce pour la journée des élections municipales à Montréal. Mais au moins, on verra de la belle asphalte en allant voter.

Saku, le marcheur-enquêteur, piste un drôle d’animal…

Et puis, ces recherches sur Infrabec, l’entrepreneur des travaux de la 9e avenue, ça avance? m’a demandé Saku hier au départ de notre marche matinale dans le Vieux-Rosemont. T’inquiètes pas Saku, ça avance. Mais j’ai autre chose à faire ces temps-ci que de raconter mes démarches. Mais ça viendra, crains pas. En attendant, je peux te dire que même les grands médias s’intéressent au contracteur des travaux de la 9e avenue! Il y a eu un reportage à Radio-Canada qui parlait de lui. Tu peux le regarder ici.

Saku sait parfois être patient. Nous sommes donc partis pour la marche. Aux abords du chantier de la 9e, nous avons vu qu’Infrabec ne lésinait pas sur le NO PARKING!

Homme au travail : no parking, 9e avenue, Rosemont, 22 octobre 2009. Photo de cellulaire, excusez-là!

Homme au travail : no parking, 9e avenue, Rosemont, 22 octobre 2009. Photo de cellulaire, excusez-là!

Comme nous n’avions pas l’intention de stationner et que nous étions visiblement de la circulation locale, nous avons décidé d’aller observer  l’évolution du chantier. Premiers constats : le pavage est en attente ( de gel, de neige ou de pluie abondante?) et le seul homme au travail est celui de la pancarte. Mais ça avance: les trous béants dans les trottoirs ont été bouchés par du ciment en processus de séchage. Il y a donc de l’espoir pour les riverains. Quoique…

Danger! On n'est jamais trop prudent dans les conseils aux passants.

Danger! On n'est jamais trop prudent dans les conseils aux passants.

Saku, lui, a été attiré par les sacs de détritus qui s’accumulent dans les crevasses entre le futur pavage et le nouveau trottoir. Il ne s’est pas arrêté longtemps à cet endroit. J’en ai conclu qu’il n’y avait rien d’intéressant à se mettre sous la dent. Mais quelques mètres plus tard, il a repris son travail de marcheur-enquêteur et s’est arrêté là.

Oups! Un oubli dans la réfection du trottoir : des camions de béton devront repasser par ici.

Oups! Un oubli dans la réfection du trottoir : des camions de béton devront repasser par ici.

Saku n’était pas au bout de ses observations de la curieuse façon de notre contracteur d’assurer la sécurité des riverains.

J'espère que celui-là a une sortie par la ruelle, a dit Saku

J'espère que celui-là a une sortie par la ruelle, a dit Saku

Notre marche sur le segment de la 9e avenue en «construction» depuis la fin de juillet 2009 – donc depuis trois mois – allait bientôt prendre fin quand Saku a porté à mon attention ce panneau.

Faut-il vraiment indiquer aux automobilistes qu'ils ne peuvent emprunter un sens unique à l'envers pendant des travaux? m'a demandé Saku.

Faut-il vraiment indiquer aux automobilistes qu'ils ne peuvent emprunter un sens unique à l'envers pendant des travaux? m'a demandé Saku.

J’ai récapitulé les conseils de notre contracteur pour Saku :

– il ne faut pas se stationner sur la 9e avenue quand des pépines sont à l’oeuvre et que la rue est en attente de pavage.

–  il est dangereux de marcher sur les trottoirs en attente de séchage

– dans les travaux de voirie, des oublis sont toujours possibles. Ça confirme le proverbe : Cent fois sur le métier, remettons notre ouvrage, en plus de faire rouler l’économie.

Et, surtout, surtout :

– Il est interdit d’emprunter un sens unique à contre-sens pendant des travaux parce que  la rue est barrée!

***

Nous avons poursuivi notre marche lentement. Saku et moi étions songeurs. En entrant à la maison, mon chien urbain m’a fait cette remarque. «S’il n’était pas mort, je te dirais que ce n’est pas Infrabec qui fait ces travaux mais que c’est Marcel Béliveau qui prépare une nouvelle série des Insolences d’une caméra. Qu’en dis-tu?»

»Saku, un bon enquêteur ne doit écarter aucune piste. Mais dans ce cas, je ne crois pas qu’on prépare une série humorisitique à Montréal ces jours-ci. Il vaut peut-être mieux en rire, tu as raison. Mais comme le disait la défunte revue Croc : c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle», que je lui ai répondu.

J’ai ensuite fait une promesse à Saku. «Demain, nous irons marcher autour de l’ancienne Carrière Miron. Et tu comprendras un petit peu plus que ce que tu vois depuis notre retour de Terre-Neuve quand nous nous promenons sur le 9e avenue et dans les alentours a des conséquences étonnantes qui ne sont pas drôles du tout!»

Après une (autre) fugue, Saku devient marcheur-enquêteur

Saku, depuis son retour à Montréal, a visiblement le goût de reprendre le large. Tant et si bien qu’au cours des deux dernières semaines, il s’est poussé à deux reprises d’une brèche de l’enclos canin du Parc Lafond, à Rosemont. Depuis sa plus récente fugue, motivée, je l’ai bien senti, par un coup de foudre pour une moufette, il est condamné à la marche, en laisse. Avant de redevenir aérien ou marin, il est donc à nouveau un pur chien urbain, forcé de fouler le sol des trottoirs montréalais deux fois par jour, sans aller se mesurer à la course avec Bachus ou jouer avec son nouvel ami Joé, un autre hybride en partie descendant de beagle, comme lui.

Bien avant que les  médias sortent jour après jour des exemples de corruption, collusion, confusion, remerciements en tous genre pour faveurs obtenues, etc. Saku, lui, avait déjà commencé à observer d’un oeil de lynx les travaux en cours dans le Vieux-Rosemont. Et le diable d’animal me faisait déjà part de ses constats. Saku parle, est-ce que je l’avais déjà révélé dans ce carnet? Plusieurs de mes amis en sont témoin : Saku parle!

Et c’est ainsi qu’il y a quelques semaines, il s’est arrêté, stupéfait, en marchant sur un trottoir de la 9e avenue, entre Dandurand et Masson. Voyez la scène.

No parking! Les automobilistes fautifs ne pourront pas dire qu'ils n'ont pas été prévenus...

No parking! Les automobilistes fautifs ne pourront pas dire qu'ils n'ont pas été prévenus...

Les travaux de réfection des conduites d’aqueduc centenaires de ce segment de Montréal – absolument nécessaires par ailleurs – avaient débuté pendant notre séjour à Terre-Neuve, fin juillet. Le pavage reste à compléter. Saku suppose que ce sera fait quelques jours avant le 1er novembre, date des élections municipales à Montréal. L’avantage de poser le revêtement final de la 9e avenue à l’automne, par temps frisquet, c’est peut-être que le bitume résistera moins bien aux gels et dégels, m’a expliqué Saku. N’est-ce pas comme ça, c’est-à-dire en planifiant l’obsolescence rapide des travaux de voirie, que les entrepreneurs font rouler l’économie? Et nous roulent par conséquent dans la farine?, a-t-il ajouté.

Saku m’a demandé qui était l’entrepreneur qui avait obtenu ce contrat. C’est Infrabec. C’est écrit sur les camions et la pépine, que je lui ai dit. De retour à la maison, j’ai fait quelques recherches dans le Cyberespace sur l’entreprise en question. Malgré ses talents, mon chien urbain ne sait pas lire et il n’est pas encore féru d’informatique. Nous avons donc convenu d’un partage des responsabilités : je lis et fais des recherches à l’ordinateur et Saku observe d’encore plus près le déroulement des travaux.

Nos démarches combinées nous ont conduit à des découvertes fantastiques, que nous partagerons avec vous dans les prochains jours.

Saku, le chien aérien, redevient urbain

Fin heureuse de périple terre-neuvien pour Saku le jeudi 20 août dernier. Après une envolée au petit matin à l’aéroport de St.John’s, une escale de 45 minutes à Toronto, mon chien urbain est rentré à bon port grâce aux bons soins de Wesjet. Il a même eu droit aux doux calins du préposé aux bagages spéciaux de cette compagnie aérienne.

Le retour de Saku à Montréal, 20 août 2009, sous les bons soins du personnel de Wesjet. Photo: Jacinthe Tremblay

Le retour de Saku à Montréal, 20 août 2009, sous les bons soins du personnel de Wesjet. Photo: Jacinthe Tremblay

Le diable d’animal a malgré tout réussi à me donner la frousse la veille de notre départ en allant faire une petite ballade en solitaire dans les escaliers et les passages sombres du quartier The Battery, à St.John’s. Allait-il revenir à temps pour le décollage? Heureusement, sa propension à se faire entendre pendant sa chasse aux chats a signé sa perte, c’est-à-dire sa prise par le collier par mon ami Michel.

Je ne saurai jamais lequel, parmi les nombreux représentants de l’espèce canine vivant dans les environs, a attisé l’escapade de Saku. Ce dont je suis certaine par contre, c’est qu’il avait l’embarras du choix, au sol comme dans les ornements des maisons de  The Battery qui en font un lieu magique.

Petit matin de brume dans The Battery, St.John's, sur la rue menant au sentier Cap North de Signal Hill. Photo : Jacinthe Tremblay

Petit matin de brume dans The Battery, St.John's, sur la rue menant au sentier Cap North de Signal Hill. Photo : Jacinthe Tremblay

Écrit après une marche canine avec laisse dans le quartier Rosemont, à Montréal, le 23 août 2009.

VOYAGER EN AVION AVEC UN CHIEN _ RECTIFICATIF (intro)

Henry Mintzberg, professeur à l’Université McGill et grand penseur du management,  a commis un jour un petit brûlot délicieux et hilarant sur le transport aérien. Je cite de mémoire son avertissement aux lecteurs : Si vous êtes un gestionnaire qui a acheté ce livre pour avoir des conseils en management, j’en ai un seul à vous donner. Lisez ce livre et faites exactement le contraire de que je décris.».

Dans The Flying Circus, Henry passe en revue, avec son regard vif et plein de bon sens, les absurdités du transport aérien,  depuis l’arrivée des passagers dans les stationnements des aéroports – les stationnements, les carrousels à bagages, les douanes, la bouffe, la tarification – jusqu’aux douanes et à la récupération des bagages.

Mon entrevue avec Mintzberg «Les modes en gestion vues du ciel », parue dans La Presse en juin 2007, est largement inspirée par ce bouquin.

The Flying Circus a une lacune fondamentale, une faille fatale même : ce livre n’aborde pas le traitement réservé aux chiens par les compagnies aériennes. À chacun ses préoccupations. Henry n’a pas de chien. Et Henry ne parle jamais de ce qu’il ne connaît pas ou n’a pas minutieusement et personnellement observé.

Dans le tandem basé sur la confiance et le respect mutuel des expertises de chacun que nous avons constitué pendant plus de 18 mois dans les pages de La Presse, je me croyais donc de bon droit autorisée à me prétendre la spécialiste de cette branche du management du transport aérien qu’est le traitement réservé aux chiens en écrivant un article, paru dans La Presse, intitulé : Voyager en avion avec un chien. Cet article a eu un grand succès auprès des lecteurs de ce journal et de Cyberpresse. Il a même été repris dans un magazine destiné aux techniciens animaliers du Québec et affiché dans quelques salles d’attente de vétérinaires. Je l’ai même, avec une certaine fierté, republié dans ce blogue avant mon départ pour Terre-Neuve.

Saku dans la file d'attente au comptoir d'Air Canada à Dorval, le 24 juillet 2005. Un peu comme dans le film La Haine : jusqu'ici, tout va bien.

Saku dans la file d'attente au comptoir d'Air Canada à Dorval, le 24 juillet 2005. Un peu comme dans le film La Haine : jusqu'ici, tout va bien.

Je l’avoue maintenant : ma connaissance du traitement des chiens par LES compagnies aériennes était superficielle, se limitant à un vol aller-retour Montréal-Las Vegas avec escale à Toronto sur les ailes de Westjet. Tout ce que j’étais autorisée à décrire, c’est donc le traitement réservé à un chien faisant un vol aller-retour Montréal-Las-Vegas avec escale à Toronto sur les ailes de Wesjet. J’ai péché par généralisation. À ma décharge, je dois rappeler que je ne suis ni la première ni la dernière journaliste à commettre ce genre de péché.

Ma pire erreur est d’avoir voulu rassurer tous les propriétaires de chiens désireux de barouder sur la planète avec leur fidèle compagnon en leur résumant l’affaire ainsi :

POUR LES TRANSPORTEURS AÉRIENS, LES CHIENS SONT DES BAGAGES VIP.

La formule est accrocheuse certes, mais il aurait été plus juste d’écrire : LE PERSONNEL DE WESTJET A TRAITÉ MON CHIEN SAKU COMME UN VIP. C’est pas mal moins vendeur, et pour les voyageurs, et pour les médias.

Maintenant libérée de l’obligation de prétendre offrir aux lecteurs des recommandations générales, j’annonce que les prochains billets de ce blogue seront un long rectificatif à mon article Voyager en avion avec un chien.

Pour vous mettre en appétit, je vous annonce qu’au moment où j’écris ces lignes :

SAKU EST CONDAMNÉ À DEVENIR TERRE-NEUVIEN, À MOINS QUE JE DÉCAISSE PLUSIEURS CENTAINES DE DOLLARS… ET ENCORE.

IL N’A COMMIS AUCUN DÉLIT CANIN, PAS L’OMBRE D’UN JAPPEMENT INAPPROPRIÉ OU D’UNE MINUSCULE TENTATIVE DE FUGUE.

ET CE CAUCHEMAR EST L’ŒUVRE D’AIR CANADA.

À suivre…

D’ici là, je cours avec Saku assister sous la pluie battante à l’ouverture du Newfoundland and Labrador Folk Festival. Quelqu’un ou quelqu’une, avec une voix puissante, entonnera à cappella The Ode to Newfoundland.

Stephen, le musicien, et Noé, son chien terre-neuve.

Je les avais vus en 2008, aux abords du lac Quidividi, le jour des St.John’s Royal Regatta, la plus ancienne compétition sportive en continu en Amérique du Nord, que j’avais racontée dans Le Devoir.

En fait, j’avais surtout porté mon attention sur Noé, un majestueux chien terre-neuve noir. Il était fidèlement assis derrière son maître, qui chantait et jouait de la guitare. J’avais pris une photo de Noé et de son maitre – de dos – un peu comme une voleuse ou une voyeuse. Et j’avais poursuivi ma route.

Noé et son maître chanteur

Noé et son maître chanteur

Pas cette fois. Quand j’ai aperçu le maître de Noé, ce matin, je lui ai demandé s’il était là l’an dernier. Il m’a dit oui avec un grand sourire et, reconnaissant mon accent, il m’a immédiatement parlé de son amour du Québec. De son amour pour la Ville de Québec. Et plus précisément des musiciens de rue et des amuseurs de rue de la capitale du Québec.

Montrant son CD, Road Home, Stphen Doiron m’a raconté que la production de cet album avait été rendue possible par ses amis artistes méconnus mais combien généreux qui animent les touristes autour des remparts.

Doiron. C’est bien un nom de famille francophone. Et qui vient du Québec en plus. Stephen est pourtant né à Terre-Neuve, d’une mère anglophone qui avait hérité du nom de son père, né, lui à Dorval. Stephen, lui, n’a jamais connu son père et porte donc le nom de sa mère, donc de son grand-père Doiron.

Ce grand-père, Phil de son prénom, a fait craqué la mère de Stephen, une Terre-Neuvienne, lors d’un accostage de son bateau à St.John’s. «Il était un musicien extraordinaire, qui jouait de plusieurs instruments et qui avait une voix magnifique. Il parlait au moins six langues», m’a dit Stephen. Phil, selon ce qu’on lui a raconté, n’était pas particulièrement beau. Il charmait par sa voie. Et sans doute par autre chose. Car au gré de ses accostages à St.John’s, il a fait à la grand-mère de Stephen 16 enfants. Et un jour, femme et enfants ne l’ont plus jamais revu.  Disparu dans les eaux troubles d’une mer agitée ou dans les bras d’une autre grand-mère vivant dans des eaux plus paisibles? Mystère.

Phil a hérité de son grand-père une voix et un talent musical évident. Mais aussi un goût de barouder dans les eaux troubles et paisibles de notre petite planète. C’est comme ça qu’il est atterri à Québec. Entretemps, il avait fait quelques enfants à une terre-neuvienne qui elle, il y a deux ans, a fait comme le grand-père de Stephen. Elle est partie vers une destination inconnue, sans même donner le nom d’une ville pour y recevoir des nouvelles poste restante.

Pour l’aider à payer son billet de retour vers sa ville natale pour y prendre soin de ses enfants, ses amis musiciens de la rue et amuseurs publics de Québec ont allongé des dollars, lui ont trouvé un studio d’enregistrement et ont permis qu’il trimballe, avec sa guitare et Noé, son CD Road Home.

Le maître de Noé, Stephen Doiron.

Le maître de Noé, Stephen Doiron.

Si vous passez aux abords du lac Quidividi en 2010, le jour des Régates, et que vous apercevez un majestueux chien  terre-neuve fidèlement assis,  prenez quelques instants pour écouter la voix et la guitare de son maître.  Et dites-vous que le 20$ que vous échangerez contre Road Home sera tout, sauf de la charité. Stephen a certes une histoire de vie émouvante mais il a surtout, une voix et du talent. Si, en plus, vous aimez les ballades country-folk, vous serez choyés.