Le temps qu’il fait : clin d’oeil du 14 juillet aux Français de Terre-Neuve

Le temps qu’il fait à Montréal en cet été 2009 est… étrange. En quelques heures, on se promène entre la canicule, le froid automnal, la pluie tropicale et le vent doux de mai. L’obsession météo est à son comble. Ici, comme ailleurs. Pour la nième fois, la radio annonce le report du lancement de la navette qui doit propulser l’astronaute québécois Julie Payette dans l’espace. Les fraises ne goûtent rien. Des pans entiers de routes et d’autoroutes se sont affaissés le week-end dernier. On ne sait plus quel vêtement porter pour toute sortie qui dépasse cinq minutes.  Les caprices de la nature sont devenus LE sujet qui amorce toutes les conversations dans l’enclos canin du Parc Lafond, à Rosemont. L’obsession météo est à son comble (bis).

Et pourtant, il se trouve quelques personnes pour s’inquiéter de mon prochain départ vers Terre-Neuve. «Tu vas à Terre-Neuve!  Quelle drôle d’idée d’aller y passer ses vacances! Il fait un temps de chien là-bas!». Bref, on redoute pour moi les pires conditions météo,  comme… la pluie abondante et le froid automnal. Sans nier les dangers qui me guettent, je prends ces mises en garde avec un grain de sel. Avec un grain de grêle même. Car s’il y une chose dont je me fous royalement,  c’est bien l’étrangeté de la météo terre-neuvienne.  Ou plutôt non. J’aime bien le suspense du temps qu’il fera sur le Rocher pendant mon prochain séjour. Au fil de mes accostages sur cette île immense, j’ai même appris à aimer ses changements brusques du mercure. Je me rappelle avec le sourire de  l’apparition d’un nuage de brouillard dans une foule pendant un concert  en plein-air, il y a quelques années. Magique! D’autant plus que cette intrusion de Dame Nature entre la scène et les spectateurs a provoqué un formidable éclat de rire collectif. Magique (bis)!

Magique, parce que ces gens réunis dans un parc de St-Jean venaient de donner là une leçon de vie que nous devons à tout prix intégrer : le temps qu’il fait, il faut faire avec. J’entends ici des voix s’élever contre cette approche qui fait abstraction du rôle des humains dans les bouleversements actuels du climat.  Je n’ignore pas cette responsabilité. Je crois simplement que l’obsession du climat est une perte d’énergie inutile, voire même dangereuse. Au quotidien – et tout en posant tous les petits gestes indispensable pour stopper le réchauffement de la planète -, il faut composer avec le temps qu’il fait.

C’est ce à quoi je pensais en écoutant les membres de l’équipe matinale de Radio-Canada pester contre la température en prenant mon café en ce matin du 14 juillet 2009 – jour de la fête des Français. Et je me suis rappelée les mutations brusques du paysage aperçu du balcon de mon gîte de Cap St-Georges, dans  Péninsule de Port-au-Port, à Terre-Neuve, le printemps dernier. Cette région du Rocher est habitée par des descendants de Français de France, de Français des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, ainsi que d’Acadiens. Cette bande de terre qui baigne dans le Golfe Saint-Laurent est désignée sur les cartes touristiques comme la French Shore. On y joue des airs d’accordéon et de violon d’une parenté troublante avec ceux du folklore québécois. C’est pour cette culture que j’étais là le printemps dernier.

À Cap St-Georges, Péninsule de Port-au-Port, Terre-Neuve, le 11 avril 2009

À Cap St-Georges, Péninsule de Port-au-Port, Terre-Neuve, le 11 avril 2009

Mark Cormier, joueur de violon, conteur et directeur d’une des écoles françaises de la région, m’a dit le 11 avril que cette péninsule était «Le pays du Bon Dieu». Ce jour-là,  même les agnostiques auraient pu le croire.

Le lendemain par contre, le même environnement avait plutôt des allures de Terre de Caïn. À la même heure que la veille, et sensiblement du même point, voici de quoi avait l’air le Cap St-Georges.

Le 12 avril 2009, le Pays du bon Dieu était devenu La Terre de Caïn

Le 12 avril 2009, le Pays du bon Dieu était devenu La Terre de Caïn

Et vous savez quoi? Quand je suis descendue pour prendre mon café matinal,  Jenny Fenwick – l’hôte du Bed and Breakfast où j’habitais –  a commenté le temps qu’il faisait ce matin-là dans un grand éclat de rire.

Le chien urbain deviendra marin

Mon chien Saku a fait une récidive  il y a quelques semaines. Obnubilé par les odeurs de chats, de mouffettes et de ratons-laveurs, il s’est poussé à la vitesse de l’éclair par une minuscule  brèche de la clôture de l’enclos canin d’Outremont pour se livrer, avec force jappements, à une partie de chasse dans le clos de voirie de cet arrondissement montréalais. Son escapade a duré huit heures. Il s’est finalement précipité dans les bras d’une dame qui s’est écriée «Ah, le beau petit chien!» alors qu’il était encerclé par six agents de la Sécurité civile d’Outrement, terrorisés. C’est qu’un peu plus tôt, trois d’entre eux avaient en vain tenté de l’attraper. Saku avait alors toutes les apparences de son ancêtre, exactement comme lors de ses frasques dans les sacs verts, racontées dans le billet  Le chien urbain et les sacs verts.

Combat de loups pour de la nourriture.

Combat de loups pour de la nourriture.

À l’instant même où j’apprivoisais l’idée que mon infidèle compagnon se dirigeait tout droit vers une condamnation à la peine capitale lors d’un procès sans jury expédié en moins de deux par  l’escouade canine de la Ville de Montréal, j’ai reçu un appel m’annonçant avec joie que Saku  m’attendait avec angoisse dans un véhicule de la Sécurité civile d’Outremont.

Quand je suis allée le récupérer, il était sale,  épuisé et heureux de me revoir. Je lui ai fait savoir  qu’il avait dépassé les bornes en l’attachant aux pattes de la table de cuisine et en l’ignorant quelques heures. L’humiliation totale pour un chien.  J’ai pris la résolution ferme que désormais,  Saku se vouerait totalement aux diktats et aux volontés de sa maîtresse.

Depuis, son comportement est exemplaire. Il est devenu un chien. Donc, un fidèle compagnon.

***

Les ballades avec Saku sont maintenant de purs moments d’harmonie. Il guette mes mouvements à chque coin de rue. Il reste immobile quand je contemple le paysage ou que j’échange avec des connaissances lors de nos marches dans le Vieux-Rosemont. Il reste même presque de marbre quand il aperçoit ou flaire un chat et un écureuil. Saku est devenu un chien urbain contemplatif.

Devant ce grand bond qualitatif dans sa route vers la perfection, j’ai décidé de l’associer à mon séjour de reportage à Terre-Neuve, dans quelques semaines. Après tout, il est en grande partie responsable du démarrage du projet Cap vers 25 000 milles…  au printemps 2007. Si je n’avais pas eu ce chien, jamais je n’aurais remarqué que des centaines – des milliers – de ces précieux milles pouvaient être accumulés en les récoltant dans les bacs de recyclage. Saku m’a  accompagné dans toutes mes rondes, en attendant patiemment à mes côtés. Il méritait donc d’être du voyage. Et il le sera.

***

Pendant notre périple sur le Rocher, Saku sera à la fois un chien urbain – à St-John’s -, un chien riverain, alors que nous marcherons ensemble sur le East Coast Travail, dans la péninsule d’Avalon… et un chien marin, pendant la portion du périple où nous vivrons en bord de mer, dans l’Allée des icebergs. Il pourra donc s’adonner à un autre de ses sports favoris, pratiqué à ce jour dans quelques points d’eau autour de l’île de Montréal et dans ma Vallée de la Matapédia natale.

Saku à la nage au Cap St-Jacques, à Montréal, été 2007

Saku à la nage au Cap St-Jacques, à Montréal, été 2007

Il pourra alors se livrer à la chasse aux phoques ou aux baleines, en contravention totale aux lois internationales. Il pourra aussi tenter d’attraper quelques morues – ce qui serait un exploit digne de mention, compte-tenu de l’épuisement de cette ressource.

Et s’il fait une fugue au Labrador ou même en Europe, par la voie des eaux, la gentille dame dans les bras de laquelle il se précipitera en accostant a déjà mon autorisation pour  l’adopter. Elle héritera alors d’un chien urbain –  presque – parfait.

Ode to Newfoundland sur Signal Hill : promesse tenue, en partie

1er juillet. It’s Canada Day. J’avais promis d’être sur Signal Hill pour entonner l’Ode à Terre-Neuve. Je n’y suis pas. J’y serai le 1er août. Je raconterai. Mais en ce 1er juillet, vous pouvez être sur Signal Hill, comme si vous y étiez en ce 1er juillet. Mais pas vraiment. J’essaierai de raconter avant le 1er août. Mais d’ici là, je vous invite à cliquer ici, pour entendre The Ode to Newfoundland, depuis Signal Hill. Et, quand ce vidéo de You Tube tirera à sa fin, restez en ligne. Vous découvrirez… C’est… Buddy was is name!!!!!!

Death Valley, Labrador City, deux déserts pour un oiseau

Jacques-Cartier, en 1534, a décrit le Labrador comme la Terre donnée par Dieu à Caïn. Je suis depuis trois jours dans cet univers nordique, peuplé d’épinettes rachitiques, de lacs et de montagnes. Des ours noirs, des caribous, des renards, des lièvres et des orignaux s’y baladent en grand nombre. Je n’en ai vu aucun. Juste un chien triomphant se prenant pour un loup à l’arrière d’un énorme camion.

De la fenêtre de ma chambre du Two Seasons, j’aperçois des bâtiments industriels, d’énormes pylônes électriques, des grues, des pneus gigantesques et… un Mc Donald. Je suis à Labrador City, cette ville qui, comme l’écrivait Michel Rivard dans sa chanson Shefferville, le dernier train, a été «inventée par grosse compagnie, en plein froid, en plein bois et en plein paradis» pour exploiter – dans tous les sens du terme – un des plus importants gisements de fer de la planète, dans les années 1960.

50 ans plus tard, quelque 8 000 personnes y vivent, tous, directement ou indirectement, dépendant pour leur gagne-pain des activités de la minière jadis appelé Iron Ore Company et propriété américaine, achetée il y a quelques années par la britannique Rio Tinto. Ce transfert de patrons n’a pas changé le bruit ambiant de la ville : un ronron incessant de la transformation de roches  en fine poudre argentée qui file ensuite en direction  Sud en train.

«Au Labrador, nous vivons en blanc, en noir et en gris. Pour expliquer les couleurs éclatantes qui vibrent en moi, je dois les peindre dans mes tableaux», m’a expliqué quelques heures après mon arrivée Marie-Josée Bois, une Montréalaise de naissance établie ici depuis bientôt 30 ans.  L’isolement bien réel de ces hommes et de ces femmes du reste de la planète, ils en ont fait leur ami, leur allié. Ils s’abreuvent du silence des lieux, interrompus, sitôt sorti des zones industrielles et résidentielles, uniquement par les bruits du vent et des animaux.

Dès qu’on quitte ses zones urbanisées, le Labrador a des airs de Vallée de la mort. Ici aussi, les couleurs viennent des rochers et du ciel. «En une courte marche dans un sentier, on peut ramasser des pierres qui font toutes les couleurs de l’arc-en-ciel», m’a dit un autre artiste rencontré ici, Hugo Obernia. La nuit, le ciel s’enflamme souvent de rose, de vert et de bleu. Nous sommes au pays des aurores boréales. De ces merveilles comme de la faune sauvage, je n’ai rien vu encore. Et, comme dans la Vallée de la mort, des pilotes d’avions chasseurs F-18 sont venus y tester leurs engins guerriers. Loin des regards et des oreilles des Blancs, toutefois. Mais juste au dessus des têtes des Innus. L’affront était trop grand : les chasseurs ont été chassés. Et peut-être sont-ils parmi les jets qui s’amusent à terrifier les touristes de Death Valley!

Mais c’est la découverte d’une bien curieuse parenté entre ces déserts deux déserts, l’un de neige et l’autre de sable, c’est un oiseau.  Le corbeau règne ici en maître, tout comme il occupe les cieux de la Vallée de la mort. Ils sont tellement gros, ici comme là-bas, qu’on dirait des poules.

Le corbeau, maître des déserts de neige et de sable

Le corbeau, maître des déserts de neige et de sable

Oiseaux de malheur les grands oiseaux noirs? Juste dans les légendes urbaines. Les corbeaux survivent et prolifèrent dans les zones les plus arides et inhospitalières. Les plus inspirantes aussi, pour qui cherche le silence et la sérénité des horizons infinis. J’adore ces lieux.

Il ne faut pas avoir peur des corbeaux, bien au contraire. «Des des légendes autochtones racontent que le corbeau a créé la lumière, le feu et l’eau. Le corbeau symbolise l’intelligence. C’est un animal sacré pour plusieurs cultures. C’est le gardien de la magie , des connaissances ésotériques , du savoir millénaire. Il nous apprend à vaincre nos peurs de l’inconnu aussi bien que les craintes que nous imaginons dans le fond de notre conscience. C’est le guide qui nous transporte directement au monde des esprits pour atteindre rapidement la conscience.», peut-on lire dans les pages consacrées au chamanisme amérindien du site Internet chemainsdelumière.com. tm.

Je ne suis pas prête à attribuer toutes ces vertus aux corbeaux mais je nous reconnais des goûts semblables en matière de paysages.

Labrador City, 3 mai 2009.

Lexique : Aéroplan, la suite. Cé quand cé qu’on sen va où?

Rappel de l’introduction à la définition du mot Aéroplan :

Aéroplan. 1. marque de commerce qui désignait, à l’origine, le programme de fidélisation de la compagnie aérienne Air Canada.  Les synonymes d’un mille Aéroplan, mais pas nécessairement les équivalents, pourraient donc être un mille Flying Blue – Air France et KLM -, un mille One World – British Airways, entre autres – ou un mille Mileage Plus, de United Airlines.

J’ai informé mon ami belge Marco de cette entrée puisqu’il est la bougie d’allumage de ce lexique. «Je commence à voir poindre une lueur», m’a-t-il écrit après sa lecture de l’introduction de la définition du mot Aéroplan, le 18 février 2009. La suite de son message est digne d’intérêt, démontrant bien toutes les confusions et quiproquos possibles dans les échanges outre-atlantiques, même entre francophones. «D’abord j’ai compris que les « milles » sont les distances anglophones et non la suite de zéro. Bon je n’ai jamais été très doué en orthographe et donc ça ne m’a pas sauté aux yeux que les 000 ne prennent pas d »s » au pluriel. »

Ce commentaire invite un ajout à la définition : 2- Programme de fidélisation dont les unités d’échanges contre des primes  sont des milles, soit  «l’ancienne mesure de distance en usage dans de nombreux pays» – le Petit Robert. Les milles sont toujours l’unité de distance des États-Unis d’Amérique alors que le Canada est passé depuis de nombreuses années à l’ère métrique.

Marco ne s’est pas arrêté là!. Il a enchaîné par deux autres questions. «Et donc je ne sais pas encore si les milles que tu récoltes sont les mêmes que ceux des compagnies aériennes, mais je sens que la prochaine livraison du blog va m’éclairer et aussi me dire ce que rapporte le cap des 25000.». Ces questions me conduisent à apporter une autre précision à la définition du mot Aéroplan :

Aéroplan. 3. Les milles du programme Aéroplan peuvent, comme lors de la création par Air Canada, être troqués contre les billets d’avion  et une large panoplie de récompenses. Le taux de change des milles et des primes  varie selon des critères mystérieux et dans des proportions spectaculaires.  Mystère : vérité révélée que l’on ne peut pas comprendre. Le petit cathéchiste catholique.

Ces ajouts sont la synthèse des réponses aux deux nouvelles questions de Marco.

Question 1 : Les milles que tu récoltes dans les bacs verts sont-ils les mêmes que ceux des compagnies aériennes?

Réponse : OUI,  les milles sur les contenants de jus et les boîtes de céréales sont les mêmes que ceux des compagnies aériennes et peuvent être utilisés pour prendre des avions. Mais, comme je l’expliquais également dans l’introduction au mot Aéroplan, ils peuvent également être accumulés et dépensés chez les partenaires de cette société désormais inscrite en Bourse, comme des chaînes hôtelières, des pétrolières, des pharmacies, etc. Les milles Aéroplan donnent aussi accès à des échanges contre des Ipod, des valises, des verres fumées, etc. Le nombre de milles exigé en échange est parfois proprement stupéfiant, comme je l’ai démontré en donnant l’exemple des 10 000 milles requis pour obtenir un livre de recettes de Gordon Ramsay.

Dans mon cas, mon premier outil d’accumulation de milles Aéroplan est ma carte de crédit. J’obtiens un mille par dollar dépensé. Et ces milles sont multipliés si je fais un achat chez un partenaire Aéroplan en m’assurant qu’il enregistrera mon achat avec ma carte Aéroplan en plus. Exemple : si je paie un achat de 4,99$ pour huit rouleaux d’essuie-tout dans une pharmacie Uniprix avec ma carte de crédit, j’accumulerai 5 milles. Si je présence à la caissière ma carte Aéroplan, cet achat me vaudra 1 mille de plus (le taux de change est de 1 mille par trois dollars chez Uniprix). Donc, 4 milles de plus et huit rouleaux d’essuie-tout. Deux commentaires à cette étape-ci. C’est ridicule quand on sait qu’il faut 10 000 milles pour se procurer un livre de recettes! Je crois humblement que mon accumulation de près de 10 000 milles  Aéroplan grâce à mes rondes de bacs verts – sans acheter un seul contenant de jus ou boîte de céréales, est un merveilleux pied-de-nez à ce programme.

Deuxième question :«Peux-tu me dire ce que rapporte le cap des 25 000 milles?»

La réponse mérite plusieurs nuances. En principe, elle permet d’accéder à un vol aller-retour Montréal/Saint.John’s, Terre-Neuve. Si on en croit les informations d’Aéroplan dans son site, on peut même aller du Québec à Terre-Neuve aller-retour pour 15 000 milles, gratuitement, pouvons-nous légitimement croire. N’est-ce pas merveilleux! En pratique, c’est beaucoup plus compliqué que ça, comme le démontre les deux exemples qui suivent.

Exemple 1 : Vol aller-retour entre Montréal et Saint.John’s, Terre-Neuve. Départ le 27 mars, retour le 3 avril 2009.

Minimum requis : 24 000 milles Aéroplan. Les mêmes jours, exactement les mêmes jours, Aéroplan offre aussi des places sur des avions d’Air Canada en échangeant 35 000 pour chaque trajet.  Pour aller célébrer, sur place, le 60e anniversaire d’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération canadienne, en prenant l’avion les mêmes jours, le nombre de milles exigés peuvent varier de 24 000 milles à 70 000 milles! À ces milles, il faut ajouter une cinquantaine de dollars de taxes aéroportuaires.

À noter : une recherche effectué à l’aide du moteur de recherche Kayak, qui affiche les prix des billets d’avion les moins chers, j’ai découvert que je pouvais prendre un vol régulier d’Air Canada pour aller et revenir de Terre-Neuve, ces mêmes jours, pour 497.$, taxes incluses.

Exemple 2 : Vol aller-retour entre Montréal et Saint.John’s, Terre-Neuve. Départ le 19 avril. Retour le 27 avril 2009.

Le 19 avril, aucune place Aéroplan n’est disponible, on nous propose une place le lendemain, pour 52 000 milles, sur un vol direct. Le même jour, on nous offre aussi une place contre 60 000 milles, cette fois, avec un arrêt à Halifax! Vous avez bien lu : il faut plus de milles pour prendre un vol avec correspondance en Nouvelle-Écosse que pour filer directement vers Saint-John’s! Il y en a pour tous, avec ce programme, y compris pour les masochistes. Pour le retour, le 27 avril, plusieurs choix de places sont disponibles, au taux de change variant entre 12 000 milles et 33 milles. En résumé, le montant minimum exigé pour ce trajet est de 64 000 milles.

Le moteur de recherche Kayak affiche par ailleurs un vol régulier aller-retour, départ le 19, tel que souhaité, et retour le 27, pour 614.$ avec taxes.

***

Morale : pour décider Cé quand cé qu’on sen va où grâce aux milles Aéroplan, il faut être concentré, astucieux, et, de préférence, avoir des horaires très flexibles. Et surtout, ne pas mettre tous les oeufs dans le panier de cette invention des experts en marketing pour voyager.

PS. Pour ton information Marco, le site Aéroplan nous informe qu’il est possible de faire le trajet Montréal-Bruxelles aller-retour pour aussi peu que 60 000 milles.  Je n’ai pas pris le temps de vérifier combien il en faudrait, dans les faits, pour atterrir dans ta ville. Je vois déjà des exigences d’un quart de million de milles… Par contre, j’ai vu, par Kayak,  des billets en vente sur des vols réguliers pour aussi peu que 737.$, taxes incluses, en avril prochain.




Obama au Canada, queue de castor et Hollywood

Ce billet s’écarte largement de mes entrées habituelles dans ce carnet. C’est qu’il y a des événements que la journaliste que je suis brûle d’envie d’éclairer de son expérience et de ses connaissances.  À défaut d’un diffuseur dans les médias officiels, j’ai décidé, aujourd’hui, d’utiliser mon médium – ce carnet – pour contester, par des faits, l’interprétation largement répandue dans la confrérie journalistique des comportements en apparence erratiques du président des États-Unis en matière d’horaires. Jacinthe Tremblay.

Un détour au marché By pour une queue de castor

Photo : Reuters.

Obama au Canada, queue de castor et Hollywood.

Moment historique d’un moment historique au Canada, hier : le Président de nos Voisins  a acheté une queue de castor, des biscuits en forme de feuille d’érable pour ses filles et un foulard pour sa femme Michelle dans un marché public d’Ottawa. Voici comment cette incartade a été présentée dans  Le Devoir. « Le président Obama pris l’habitude aux États-Unis de changer ses itinéraires à la dernière minute pour aller à la rencontre des citoyens, que ce soit dans la rue ou les restaurants. De quoi faire virer fous ses agents secrets et gardes du corps. Sa visite au Canada n’a pas fait exception, alors que le président a fait un détour par le marché Byward en fin de journée, près de la colline parlementaire, où il a acheté en vitesse une queue de castor sous les yeux ébahis des passants

Récit similaire dans La Presse«Jessica Milien a eu de la difficulté à dormir dans la nuit de mercredi à hier. «Je suis une admiratrice d’Obama et j’ai rêvé à ça toute la nuit: Obama vient aujourd’hui ! « Quand cette jeune femme noire d’une vingtaine d’années s’est rendue au travail, dans son kiosque de queues de castor du marché By, elle ne pensait quand même pas que ses rêves deviendraient réalité. Et pourtant! Vers 15h45, un agent de sécurité s’est approché et a poliment demandé l’une de ces pâtes frites et sucrées pour son patron : Barack Obama. Elle a jeté un coup d’oeil et de fait, une limousine attendait un coin de rue plus loin, et le 44e président des États-Unis était à côté. «On a choisi de lui apporter la queue de castor Obama. On a marché pour aller le voir et la lui donner «, a raconté Mme Milien, toujours sous le choc quelques minutes plus tard. «Wow! C’est ce qu’a dit le président en apprenant qu’une queue de castor avait été nommée en son honneur «, a-t-elle dit aux journalistes. La pâtisserie en question, qui a la forme d’une queue de castor, est recouverte de cannelle, d’un O en crème fouettée, de sirop de chocolat et de beurre d’érable. Le président n’a pas dit ce qu’il en pensait. Il s’est engouffré dans sa limousine et a filé vers l’aéroport . Il avait déjà 15 minutes de retard sur son horaire.

La sécurité sur les dents

C’est que cette virée était complètement inattendue : après sa rencontre sous haute surveillance avec le premier ministre Stephen Harper au parlement, M. Obama a tout simplement décidé d’aller prendre un bain de foule dans le quartier touristique et historique du marché By. Ce n’était pas prévu : le dispositif de sécurité n’avait pas été étendu jusque dans ce quartier adjacent à la colline parlementaire. Le président s’est promené en souriant, sous les regards inquiets des membres de son service de sécurité.»

Naïveté, au mieux!

Il y a un peu et beaucoup de naïveté dans cette interprétation des faits et gestes présidentiels de la part des médias – Le Devoir n’est pas le seul à avoir souligné les surprises réservés à ses gardes du corps par Obama -. L’horaire du président des États-Unis est réglé au quart de secondes entre sa garde très très rapprochée et les services secrets. S’il surprend les médias, c’est que cet horaire n’est jamais diffusé à l’avance, justement pour des raisons de sécurité.

Les détails du passage de Barak Obama au Marché By en sont la meilleure preuve. Le Président avait un billet de 20$ canadien. Il a acheté, pour sa propre consommation, une queue de castor – c’est une patisserie – baptisée Obamatail, mise en marché le 20 janvier 2009, jour de son assermentation. Il a acheté pour ses filles des biscuits en forme de feuille d’érable – l’emblème canadien. Et un foulard pour sa femme. L’une des employées d’un stand où il s’est arrêté était Noire… Barak Obama a beau être d’une intelligence supérieure, il est IMPOSSIBLE qu’il ait détecté, par hasard, autant de produits aussi symboliques. Il est aussi hautement improbable qu’il ait eu dans ses poches un 20$ canadien en l’empruntant à Stephen Harper lors de son entretien privé! Et il est CONSTERNANT que les médias n’aient pas noté ces détails.

Pour que ce scénario se concrétise, chaque milimètre de son passage au marché avait été «sécurisé» depuis des jours, sinon des semaines, par des membres des services secrets canadiens et américains. Sans que personne ne puisse imaginer que ces policiers, sans doute camouflés sous l’apparence de clients déambulant lentement – avec des chiens? -,  préparaient le passage soi-disant surprise de Barak Obama.

C’est comme ça qu’ils travaillent les services secrets. Je le sais d’expérience. Pendant l’une de mes incursions professionnelles hors journalisme, j’ai été associée à l’accueil, à Montréal, du maire de New-York, en 1991. David Dinkins, un Noir plus Noir qu’Obama, était précédé et entouré d’un dispositif de sécurité impressionnant sous la responsabilité d’une équipe nombreuse. C’était avant le 11 septembre mais après l’assassinat de Martin Luther King et des frères Kennedy.  On ne badinait pas avec la sécurité d’un maire Noir de la ville-centre de l’économie planétaire.

David Dinkins a rendu fou la firme de relations publiques privée chargée par son cabinet de faire connaître aux organisateurs de l’événement auquel il participait les détails de sa venue – et il a par conséquent rendus fous ces mêmes organisateurs, des contractuels à l’emploi de la Ville de Montréal. Le chef de la sécurité de l’événement, les responsables de la GRC, de la Sureté du Québec et du Service de police de défunte Communauté urbaine de Montréal eux, avaient son agenda réel, et tout «imprévu» qui s’y ajoutait – comme une visite «surprise» au Musée des Beaux-Arts, avait, pour se concrétiser, fait l’objet d’intenses négociations entre les policiers d’ici et des États-Unis. Très peu de gens connaissaient ses plans, et surtout pas les médias. Créer pour eux la «surprise» est un des aspects fondamentaux des mesures de sécurité déployées autour des élus qui sont des cibles de choix. Si c’était vrai en 1991 pour un maire de New-York, c’est encore plus vrai pour un président des États-Unis – peu importe la couleur de la peau – en 2009.

Ce qui est très impressionnant dans la petite virée de Barak Obama au Marché By, c’est la capacité inouïe de cet homme et de son entourage de créer des scènes dignes d’Hollywood qui durent le temps précis des manchettes des bulletins de nouvelles et peuvent instantanément faire le tour du monde sur des écrans de téléphone cellulaire. C’est aussi, et c’est encore plus impressionnant, les choix de gestes, à la fois symboliques au plan diplomatique mais toujours, profondément humains, retenus par l’homme et ses scénaristes.