EXCLUSIF : Échange avec Henry Mintzberg sur la planification stratégique et les origines du mot management

Les visiteurs attentifs de ce carnet auront compris que je vis depuis quelque mois à Terre-Neuve et que je suis quelque chose comme une « manager » de niveau, disons, « cadre intermédiaire ». Peu de temps après mon entrée en poste, j’écrivais par courriel à HM ce rapport :

Bonjour Henry,

1- Le gouvernement fédéral a financé un exercice de planification stratégique – 30 000.$ – à « mon » OSBL
2- « Mon » OSBL n’a aucun (ZÉRO) budget de fonctionnement!!!!! – Le gouvernement fédéral ne finance par le fonctionnement des OSBL
3- Une des conclusions de l’exercice de planification stratégique est que mon OSBL doit avoir un financement pour son fonctionnement
4- Comme mon OSBL n’a aucun budget de fonctionnement (seulement de projets) – et que les subventionneurs de projets ne financent pas de salaires.
5- Ma première idée, comme « manager », a été de me congédier.
6- Ma deuxième, comme « manager », a été de me transformer en « femme de ménage » (y en a qui appellent ça la réingénierie des processus).

Pour le reste, tout va bien pour moi on The Rock*!

All the best

J.

* Les visiteurs attentifs de ce carnet savent que Terre-Neuve a comme nickname The Rock – et toutes les photos de Terre-Neuve dans ce carnet en font la preuve.

***

Réponse de HM.

Mais tu sais, J, que le mot management vient du francais, premièrement de diriger des chevaux (par “main”) et deuxièemement de faire le ménage de la maison.

So—happy managing!!

H

***

PS. Aujourd’hui, j’ai fait – au sens propre – du ménage dans des locaux d’un studio de radio à St.Johns. Et lundi, je ferai – au sens propre – du ménage dans les locaux d’un studio de radio à Labrador City. « So-happy managing » disait HM.

They live by the sea. They die by the sea. Et, pour l’éternité, Lockyier will see the sea.

Le voyage d’un livre, et de l’itinéraire des managers, et de ceux qui écrivent sur les managers, c’est aussi des temps de pause. Des moments pour ce que certains appellent « prendre du recul », et que d’autres, HM peut-être?, des moments pour regarder, voir et avancer. Pour « Avancer en arrière », comme le disaient jadis les chauffeurs d’autobus montréalais?

Je ne sais pas pourquoi, mais en prenant une pause, cette fin de semaine, j’ai vu en 3D la preuve que ce n’était pas le dur labeur que détestent et qui tuent les hommes et les femmes. Même que jusque dans la mort, des proches d’hommes et des femmes qui les ont aimés proclament leur amour pour le dur labeur, quand, pour eux, il avait un sens.

Voici , croqué avec un iPhone, à Garden Cove, dans la baie de Placentia, à Terre-Neuve, ce que j’ai vu ce matin. Et ce que Lockyier verra pour l’éternité.

Lockyier. 1894-1973. Garden Cove, NL.

Lockyier voit la mer et les montagnes, pour l'éternité.

Mintzberg parmi les plus grands penseurs de la gestion au monde, encore

Voici ce que m’a appris mon alerte Google Mintzberg du jour.

Je cite le McGill Reporter du 18 novembre : « Henry Mintzberg, the Cleghorn Professor of Management Studies at the Desautels Faculty of Management, is one of four Canadians listed among the world’s Top 50 business thinkers, according to biennial rankings sponsored by the Harvard Business Review. Mintzberg, who ranked No. 30, is the author or co-author of 15 books, including the influential Rise and Fall of Strategic Planning.»

J’ignore qui a choisi Rise and Fall of Strategic Planning parmi ses livres mais je trouve ça plutôt amusant. Ce livre –
Grandeur et décadence de la planification stratégique, en français -, date de 1994 alors que Managing – Gérer, tout simplement en français, paru il y a deux ans, a gagné le prix du meilleur livre de gestion de l’année 2010 au Royaume-Uni. Cet honneur a été décerné par la British Library, entre autres.

Rise and Fall of Strategic Planning, donc, serait donc un livre influent. Pas assez, je trouve. Car ces jours-ci, de nombreux ministères imposent des exercices de « planification stratégique » très coûteux à leurs « subventionnés » à qui ils coupent par ailleurs les subventions après qu’ils aient financés ces coûteux – et souvent totalement inutiles – exercices de planification dite stratégique. (auto-pub : HM revient à quelques reprises dans mon livre sur ses critiques à l’endroit de ces exercices, et sur l’essence de ce qu’est la stratégie.

J’y reviendrai sans doute, un jour ou l’autre. D’ici là, je profite de la nouvelle de ce classement pour citer un extrait de mon livre qui traite, justement, des classements de ce genre.

Son titre est : Le gourou et les classements. J’en suis la signataire

Mintzberg a été désigné en mai 2008 comme le neuvième plus important « Business Thinker » au monde par le Wall Street Journal. Entre 2008 et 2009, il est passé de la 16e à la 33e place d’un autre palmarès, le « TOP 50 Global Business Thinker », établi par la firme Crainer Clearlove. Peu importe son rang, ces « reconnaissances » sont absentes de son curriculum vitae.

Que pense-t-il de ces classements? Sa réponse est une anecdote.

Il y a quelques années, des journalistes britanniques ont téléphoné à son bureau de l’Université McGill pour lui réclamer une entrevue. Il leur a fait savoir qu’il n’avait pas le temps. Ils sont revenus à la charge lorsqu’ils ont appris qu’il prononçait une conférence à Londres. Ils ont alors proposé de le rencontrer à son arrivée à l’aéroport d’Heathrow, à 7h30 le matin, heure locale.

HM se demandait bien quel grave enjeu méritait tout ce ramdam. Il a donc été étonné d’entendre la question suivante : « Monsieur Mintzberg, il y a beaucoup de concurrence dans votre domaine – lire les gourous du management. Comment vivez-vous cette pression? »

Il se rappelle qu’il était de mauvais poil, après un vol de sept heures sans sommeil. Il a répondu, du tac au tac : « I never set out to be the best. It’s too low a standard. It’s sounds horribly arrogant, but it’s not. I set out to be good. I compete with myself. I set out to do my best. » Je n’ai jamais cherché à être le meilleur. Ce standard est trop bas. Ça peut sembler terriblement arrogant, mais ça ne l’est pas. J’ai toujours travaillé pour être bon. Je suis en compétion avec moi-même. Je fais de mon mieux.

HM adore raconter cette anecdote et re-citer cette réponse. On la retrouve d’ailleurs, mot pour mot, dans un article de la journaliste Sharda Prashad, paru dans l’édition du 28 septembre 2009 du magazine Canadian Business. Il a toutefois apporté cet ajout. « Presumably that’s what they will put on my tombstone ». Je présume que c’est ce qu’ils mettront sur ma pierre tombale.

Un an et quelques jours plus tard, le voyage continue

Attention : billet avec des (trop) d’hyperliens.

Le 25 septembre 2010, j’annonçais dans ce carnet le début du voyage de mon livre Entretiens avec Henry Mintzberg. Depuis, j’ai parlé de quelques lancements. Sur la rue Masson, d’abord. Ensuite au Congrès mondial RH, à Montréal. Et puis à Sayabec, mon village natal. Et quelques billets, après. Et puis des silences. Et quelques billets, dont le plus récent annonçait que les Entretiens avec HM étaient au coeur d’un club de lecture dont la Lectrice était Suzanne Colpron, présidente et cofondatrice des Boulangeries Première Moisson.

Bilan du voyage ? C’est selon l’angle de la question.

$$$. J’ai fait mes frais, et plus encore.

Ventes? À ce jour, énormément moins qu’un Arlequin, et énormément plus qu’un livre de poésie à compte d’auteur.

Couverture de presse? Énormément plus que ce que n’importe quel cabinet de relations publiques aurait pu générer avec un budget de 50 000.$ – voir le billet Revue de presse )

Et puis quoi?

Et surtout, dirais-je.

Des rencontres avec des gens merveilleux qui, sur le terrain, essaient de vivre ou vivent le communautéship.
Des témoignages de quête heureuse d’une autre façon de voir et de vivre les organisations.
Des récits de gens qui explorent de nouvelles approches.
Des appels de gens qui se reconnaissent dans les propos de HM.
Des courriels de gens qui me disent que la lecture de ce livre leur a fait du bien.

Et moi?

Je suis, depuis quelques mois, une « manager ».

Quand j’ai appris la nouvelle à HM, au téléphone, il m’a dit, en rigolant, amicalement : « Mais, tu ne connais rien là-dedans!».

Je lui ai demandé, quelques semaines plus tard, par courriel : « Henry, dans quelle page de tes livres tu expliques comment se démerder quand on est dans la merde? ».

Il m’a répondu derechef, par courriel : « Aucune en particulier et toutes en général. Mon conseil : Friendly consulting… et courage. »

Et encore?

La première édition de Entretiens avec Henry Mintzberg – et ses trois réimpressions – est à quelques dizaines d’exemplaires épuisée.

Réimprimer la première édition ou en contacter une deuxième, revue et « bonifiée » : voilà maintenant la question.

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Billet rédigé à Saint-Jean de Terre-Neuve (le voyage continue)