Stephen, le musicien, et Noé, son chien terre-neuve.


Je les avais vus en 2008, aux abords du lac Quidividi, le jour des St.John’s Royal Regatta, la plus ancienne compétition sportive en continu en Amérique du Nord, que j’avais racontée dans Le Devoir.

En fait, j’avais surtout porté mon attention sur Noé, un majestueux chien terre-neuve noir. Il était fidèlement assis derrière son maître, qui chantait et jouait de la guitare. J’avais pris une photo de Noé et de son maitre – de dos – un peu comme une voleuse ou une voyeuse. Et j’avais poursuivi ma route.

Noé et son maître chanteur

Noé et son maître chanteur

Pas cette fois. Quand j’ai aperçu le maître de Noé, ce matin, je lui ai demandé s’il était là l’an dernier. Il m’a dit oui avec un grand sourire et, reconnaissant mon accent, il m’a immédiatement parlé de son amour du Québec. De son amour pour la Ville de Québec. Et plus précisément des musiciens de rue et des amuseurs de rue de la capitale du Québec.

Montrant son CD, Road Home, Stphen Doiron m’a raconté que la production de cet album avait été rendue possible par ses amis artistes méconnus mais combien généreux qui animent les touristes autour des remparts.

Doiron. C’est bien un nom de famille francophone. Et qui vient du Québec en plus. Stephen est pourtant né à Terre-Neuve, d’une mère anglophone qui avait hérité du nom de son père, né, lui à Dorval. Stephen, lui, n’a jamais connu son père et porte donc le nom de sa mère, donc de son grand-père Doiron.

Ce grand-père, Phil de son prénom, a fait craqué la mère de Stephen, une Terre-Neuvienne, lors d’un accostage de son bateau à St.John’s. «Il était un musicien extraordinaire, qui jouait de plusieurs instruments et qui avait une voix magnifique. Il parlait au moins six langues», m’a dit Stephen. Phil, selon ce qu’on lui a raconté, n’était pas particulièrement beau. Il charmait par sa voie. Et sans doute par autre chose. Car au gré de ses accostages à St.John’s, il a fait à la grand-mère de Stephen 16 enfants. Et un jour, femme et enfants ne l’ont plus jamais revu.  Disparu dans les eaux troubles d’une mer agitée ou dans les bras d’une autre grand-mère vivant dans des eaux plus paisibles? Mystère.

Phil a hérité de son grand-père une voix et un talent musical évident. Mais aussi un goût de barouder dans les eaux troubles et paisibles de notre petite planète. C’est comme ça qu’il est atterri à Québec. Entretemps, il avait fait quelques enfants à une terre-neuvienne qui elle, il y a deux ans, a fait comme le grand-père de Stephen. Elle est partie vers une destination inconnue, sans même donner le nom d’une ville pour y recevoir des nouvelles poste restante.

Pour l’aider à payer son billet de retour vers sa ville natale pour y prendre soin de ses enfants, ses amis musiciens de la rue et amuseurs publics de Québec ont allongé des dollars, lui ont trouvé un studio d’enregistrement et ont permis qu’il trimballe, avec sa guitare et Noé, son CD Road Home.

Le maître de Noé, Stephen Doiron.

Le maître de Noé, Stephen Doiron.

Si vous passez aux abords du lac Quidividi en 2010, le jour des Régates, et que vous apercevez un majestueux chien  terre-neuve fidèlement assis,  prenez quelques instants pour écouter la voix et la guitare de son maître.  Et dites-vous que le 20$ que vous échangerez contre Road Home sera tout, sauf de la charité. Stephen a certes une histoire de vie émouvante mais il a surtout, une voix et du talent. Si, en plus, vous aimez les ballades country-folk, vous serez choyés.

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