FUN. fish and folk à Twillingate – 1


J’avais à peine entré mes bagages dans ma cabine située sur une colline de Crow Head (voir Fun, Fish and Folk à Twillingate : intro), quand j’ai cru entendre «HI, Come for a Beer». J’ai regardé autour. Il n’y avait que moi dans les parages. N’empêche, il a fallu que Jody me lance à nouveau «HI, Come for a Beer», pour que je comprenne que j’étais bel et bien invitée sur sa terrasse, à quelques mètres de la cabine qu’il me louait. Impossible de refuser un tel appel.

Jody, un rondouillet bon vivant dans la fin de trentaine, est né à Twillingate, a vécu à Sault-Sainte-Marie, un peu à Toronto et est revenue s’installer à Twillingate pour de bon avec sa femme Rowena, il y a plus d’une dizaine d’années.  Ils ont ouvert le J & J Fish Market, qui est à la fois un minuscule bouiboui sur la Main de Twillingate et un grossiste de poissons et fruits de mer pour des supermarchés et des restaurants de toute la province.

Jody, propriétaire du J & J Fish Market de Twillingate et bon, très bon vivant.

Jody, propriétaire du J & J Fish Market de Twillingate et bon, très bon vivant.

Aux environs de 17 heures, le 24 juillet 2009, Jody tenait salon sur sa terrasse pendant que Rowena, elle, préparait des «fish and chips» et apprêtait crabe et homard frais pour les clients du bouiboui. Jody tenait salon avec – je précise – la bénédiction de Rowena. Jody et moi n’avons pas été très longtemps en tête-à-tête sur la terrasse. Le temps d’une bière, en fait.  Parce qu’il y en a eu deux, trois, quatre? Non. Trois. En plus de trois heures.

Une quinzaine de minutes après mon arrivée sur la terrasse, Keith et sa femme – je n’ai pas compris son prénom alors disons qu’elle s’appelle Mary -, sont venus nous rejoindre. Ils habitent à Bloomfield, dans la baie de Bonavista. Jody leur a offert une bière et a engagé la conversation avec Keith. Ces deux là se parlaient comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble – ce qui est impossible à Terre-Neuve puisqu’il n’y a pas d’industrie porcine ici.  Or,  Keith, Mary et Jody se rencontraient pour la première fois! Ils semblaient par ailleurs peu étonnés de savoir qu’il y a quelques minutes à peine, Jody et moi étions de purs inconnus l’un pour l’autre – et cela,  même si nous échangions comme si nous avions élevé les cochons ensemble.

Keith était là parce que la fille de Mary était chez Jody depuis une semaine pour visiter sa copine, la fille de Jody, qui était également sa cousine. Comment Mary pouvait-elle ne jamais avoir rencontré l’oncle de sa fille? Elle me l’a expliqué mais je n’ai pas compris, ma connaissance du Newfoundlish* étant un peu usée. Il y avait quelque chose comme un premier mariage et une séparation dans cette histoire. Qu’importe. Le FUN avait commencé à pogner sur la terrasse.

Et puis Jerry est arrivé, dans un Véhicule Utilitaire Sport (VUS) conduit pas une femme qui a jasé quelques instants avec Jody en restant dans le véhicule et qui est repartie. Jerry est le frère de Jody. «Shy» – timide -, m’a prévenu Jody,  comme pour s’excuser à l’avance du peu de conversation de son frérot avec la visite. Quelques minutes plus tard, un homme dans la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine s’est joint à nous avec sa petite fille de deux ans. Je n’ai pas retenu leurs noms. La petite fille était fascinée par Saku, qui était fasciné par la petite fille. Il sentait doucement son fond de culotte doucement. J’ai osé émettre l’hypothèse qu’il y avait peut-être quelque chose dans sa couche. Le père m’a dit qu’il venait de lui en mettre une nouvelle. Les pères oublient parfois que les petites filles peuvent récidiver rapidement. Je pense encore que Saku ne s’était pas trompé en s’intéressant au fond de culotte de la petite fille.

Son père – disons qu’il s’appelle John – était également concentré sur l’histoire qu’il avait commencé à me raconté. John est un pêcheur de crabe, par nécessité. Comme bien des hommes qui vivent dans les régions où jadis, on pêchait de la morue en abondance, John s’est tourné vers le crabe après l’effondrement des stocks de morue et le moratoire sur leur récolte. Pêcher le crabe peut rapporter des fortunes ou vous ruiner. Un crabier et son entretien coûtent très cher – beaucoup plus que les bateaux qui étaient utilisés pour pêcher la morue.

Cette année, la saison de pêche qui s’est terminée il y a quelques jours a été très moyenne pour John et plusieurs pêcheurs de crabe de Twillingate.  Malgré l’ouverture officielle de la pêche en avril, ils ont été forcés d’attendre plusieurs semaines pour prendre la mer.  D’abord pour cause de icebergs. Il y en avait tellement que les bateaux devaient rester à quai autour des îles de Twillingate. On ne peut être pêcheur dans la capitale mondiale des icebergs et s’imaginer pouvoir aller en tout temps cueillir les fruits de la mer dans les environs.  Tous les Terre-Neuviens le savent. Même tous les urbains qui ont vu le film Titanic le savent!

Donc, quand les icebergs se sont dispersés suffisamment pour permettre à John de se rendre à 110 kilomètres des côtes pour pêcher,  son crabier a eu des ennuis mécaniques en plein milieu de l’océan avant même qu’il puisse attraper un seul crustacé.  Retour donc de 110 kilomètres vers son port d’attache.  Une fois les réparations terminées, nouveau départ vers les eaux profondes entre Twillingate et le Labrador. Abondantes prises de crabe, cette fois, mais à un prix trop bas pour faire une bonne année.

Pendant que John me racontait cette histoire, sa femme est venue chercher leur petite fille et elle est repartie au volant de leur VUS.  Et Keith racontait des histoires. Jody riait des histoires de Keith. Même Jerry souriait aux histoires de Keith. Et Mary riait des rires et des sourires de Keith, de Jody et de Jerry. Et nous nous échangions, elle et moi, des rires et des sourires complices.

Le FUN est simple sur la terrasse de Jody.  Une bière, deux, trois. De nouvelles connaissances venues de Montréal ou de Bloomfield, un frère gêné et un copain de longue date pêcheur de crabe et sa petite fille. Qui se racontent des histoires en Newfoundlish. Qui en rient et en sourient. Sous le soleil et un ciel sans nuage. Sur une terrasse offrant une vue  imprenable sur la baie entre Crow Head et les falaises de la New World Island, voisine de Twillingate.

«Quand on est né ici, comment ne pas y revenir», m’avait dit Jody pendant notre tête à tête.  Il regardait alors le paysage. Mais je crois maintenant qu’il pensait aussi à ce FUN simple des salons impromptus sur sa terrasse.

PS. Avais-je dit  qu’à compter de la troisième bière, les hommes y ajoutent quelques larmes de whisky?  Et aussi que je ne suis pas allée au Festival ce soir-là pour avoir du FUN. Il y en avait amplement sur la terrasse de Jody.

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