Zabriskie Point : le lever de soleil du photographe à la Hasselblad


Hier, j’ai reçu dans ma boîte de courriels un merveilleux cadeau, accompagnant un court message. En voici un extrait, dans sa langue originale. «I am the photographer with the Hasselblad you were talking at Zabriskie Point Jan 19th. I read your January 20th blog entry (more precisely, I got an interpretation with the help of Google language tools). I enjoyed the entry, you were paying close attention! I have attached the photograph I was working on as we spoke, I thought you might get a kick out of seeing it. I have also included an image composed from the more common vantage point, yes I did look that way as well! ». Stephen Gilligan.

zabriskie-point

Je garde pour moi la photo – magnifique – de Point Lobos, celle sur laquelle il travaillait quand nous nous sommes rencontrés. Celle que je partage ici est, comme il l’écrit si bien, une image «composée à partir du point d’observation le plus populaire».

C’est ce point de vue que la vaste majorité des touristes, armés de caméras numériques bas de gamme, rapportent en souvenir de leur lever de soleil à Zabriskie Point.  Je le sais. Je l’ai fait et deux fois plutôt qu’une.

La photographie de Stephen Gilligan me conforte dans ma décision du 19 janvier dernier de m’imprégner de la majesté de ce spectacle en utilisant mes sens comme outil de mémoire. Un lever de soleil dans le désert est en effet une expérience exceptionnelle pour les yeux, la peau et l’ouïe.  Les couleurs, la lumière et les ombres changent à chaque instant. Les mouvements de la lune qui disparaît et du soleil qui se pointe modifient la température de l’air ambiant. Le vent se lève et se calme. Il caresse la peau, sa musique romp le silence du désert. L’obsession du souvenir photographique peut – et fait souvent – rater cette rare expérience, possible uniquement, je crois, dans des lieux ouverts sur l’infini. Comme Signal Hill, à Saint.John’s, Terre-Neuve, par exemple.

Ce Zabriskie Point de Stephen Gilligan confirme une autre de mes réflexions sur la photographie de ces paysages : le noir et blanc traduit mieux l’impression laissé par le désert que la couleur. Bien sûr, les mutations des montagnes  du brun, au bleu, au rose et au jaune caramel fascinent et éblouissent. Mais la majesté du désert, pour moi, réside dans les jeux d’ombres et de lumière.  Le noir et blanc les saisit. La couleur les camouffle.

Les photos de Zabriskie Point des grands artistes de la caméra ont une autre précieuse qualité. Elles arrivent à déjouer une des grandes illusions du désert :  la conviction que ce qui est loin est à quelques mètres de nous. La caméra numérique bas de gamme se fait prendre à ces mirages.  En voici la preuve, avec un des mes clichés du même paysage. La Hasselblad, utilisée par un professionnel, révèle combien large est la Vallée de la Mort.

Soleil levant à Zabriskie Point, février 2007, Jacinthe Tremblay

Soleil levant à Zabriskie Point, février 2007, Jacinthe Tremblay

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Vous avez déjà échangé des adresses de courriel en voyage, dans l’enthousiasme d’un moment de complicité avec des inconnus? Ces engagements à garder le contact ont rarement des suites.  Le 19 janvier dernier, avant de quitter le poste d’observation de Zabriskie Point, j’avais laissé les coordonnées de ce carnet et mon adresse de courriel à un photographe à la Hasselblad venu saisir en noir et blanc le lever du soleil. Stephen Gilligan avait rapidement pris le bout de papier.  Il était intensément concentré sur son boulot, le regard et l’objectif pointés en direction des mouvements d’ombres sur Point Lobos, une zone du paysage immortalisée à la fin des années 1930 par le photographe Edward Weston, qu’il m’a fait découvrir et dont je reproduis encore la célèbre photo.

Point Lobos. Zabriskie Point. Edward Weston. 1938

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Dans mon billet du 19 janvier, j’écrivais : «l’homme à la Hasselblad m’a dit son nom. Si je le retrouve dans Internet, je vous le présenterai.» Malgré d’intenses recherches, je n’avais jamais retrouvé ce Stephen Gilligan dans Internet. Et j’avais presque oublié le bout de papier rapidement remis à ce professeur de photographie ontarien le 19 janvier.

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Vous avez déjà échangé des adresses de courriels en voyage dans l’enthouiasme d’un moment de complicité avec des inconnus? Même  si ces engagements à garder le contact ont rarement des suites, continuez à griffonner vos noms et adresses sur des bouts de papier.

Le courriel reçu hier de Stephen Gilligan prenait fin sur les mots suivants : «It was nice to meet you, however brief».

FOR ME TOO, STEPHEN GILLIGAN!

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