En route vers le désert, loin des bacs verts, au coeur des billets verts : VEGA$$$


Certains sceptiques doutent encore que tout ce que je raconte dans mes contes urbains soit vrai. Entre autres cette idée d’aller vivre ce moment historique que sera l’arrivée officielle de Barak Obama à la présidence des États-Unis, le 20 janvier 2009 dans un oasis du désert de la Vallée de la mort, en Californie. Et bien, je suis en route.    

Puisqu’il faut bien atterrir dans ce qu’on appelle la civilisation avant de savourer le désert, je suis depuis quelques heures à Las Vegas où j’ai déniché une chambre dans l’hôtel de la Stratosphère, un de ces exemples d’architecture clinquante qui fleurit sur le STRIP. Une nuitée donne droit d’aller, rien de moins, qu’au TOP OF THE WORLD. Je l’ai raté! Le toit du monde ouvre à 10 heures et malgré mon droit à m’y élever gratuitement, je compte bien, d’ici là,  avoir marché dans le jardin de cactus roses de l’ancien ranch de Howard Hugues aujourd’hui transformé en lieu public grâce à une bataille des citoyens du Nevada.      

Comme dans tous les hôtels de la Ville du Vice, il faut traverser un casino pour se rendre à son lit. Troublante expérience partout mais encore plus, si c’est possible, aux pieds de la Stratosphère !  Oubliez les tables de jeux aux clients au code vestimentaire casual chic du  Bellagio et du Wynn, la premier étant le O du Cirque du Soleil et le second étant tenu par  Steve Wynn, le propriétaire initial du premier. Le casino de mon repère – pas cher – d’un soir est le royaume des slot machines 1 cent,   des vieux tapis imbibés d’odeurs de tabac  froid et d’alcool sur lesquelles errent des centaines de joueurs vêtus de  T-Shirts  à 3 pour 10.$ dont on peut trouver des dizaines de versions plus horribles les unes que les autres dans les boutiques de souvenir du Vieux Strip, celui d’avant la révolution culturelle du Cirque du Soleil,  en partenariat avec Steve Wynn d’ailleurs. 

 Troublante aussi, est la domination numérique de femmes seules parmi la clientèle des machines à 1 cent aux environs de minuit…   Et révélatrice d’une autre réalité américaine rapportée dans les  statistiques mais  très peu sous des visages humains : ici, derrière les tables de jeu à petit prix,  au ménage, au port des bagages et à la sécurité, le personnel est en majorité latino.    

« Il n’y aura pas de fête à Vegas pour l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche, le 20 janvier. Mais nous serons tous devant la télé pour regarder ce qui se passera à Washington», m’a confié hier avec un immense sourire dans la voix et les yeux mon serveur mexicain au Fellini, le restaurant italien de l’hôtel. 

Je suis donc en route vers le Panamint Spring’s Resort, comme je l’avais annoncé dans mon conte urbain 2008. Demain, le 19 janvier,  jour du Martin Luther King Day, j’aurai regardé le soleil se coucher sur Zabriskie Point. Le 20 janvier, après l’y avoir vu se lever, j’irai m’installer au restaurant de mon refuge sans téléphone, sans télé et sans radio et je ferai comme des milliers de personnes sur la planète : je serai virtuellement à Washington grâce à un satellite qui me permettra de vivre l’événement par procuration,  de seconde en seconde, sur CNN.com et l’écran de mon minuscule ordinateur portable. 

Autres nouvelles, photos et commentaires suivront, au gré des accès Internet et des temps libres laissés par le travail. Je suis ici, et c’est également vrai, en reportage journalistique. Sur le désert et les femmes. Et aussi sur un comédien avec qui  j’avais engagé, il y a plus de 10 ans, une réflexion sur  le showbusiness, le star system et leurs périls. Il est maintenant le personnage principal d’un des spectacles les plus coûteux au monde.  Je vais voir ce spectacle et poursuivre ensuite notre conversation : j’émets l’hypothèse que malgré l’étonnant parcours qui l’a conduit ici, cet artiste est demeuré fidèle à ses convictions. 

Je ferme boutique d’écriture pour aller  enfiler un petit déjeûner totalement graisseux dans un resto de l’hôtel qui offre saucisses, crêpes en forme de dollars (???) et une montagne de patates frites pour 5,99$, refill illimité de café en prime. Il me faudra traverser encore deux ou trois fois les machines du casino avant de prendre le large vers la mer de sel qui m’attend à l’entrée de la Vallée de la mort.   Impossible d’aller où que ce soit ici sans être sollicité par le jeu. Je résiste et signe.

Jacinthe Tremblay, 18 janvier 2009.

  

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