Reno. De la pub au Coming-art


«Études, emplois taillés sur mesure pour son savoir, retraite… Cette trajectoire en ligne droite est presque devenue marginale.». Ces mots introduisaient un article consacré à de courts récits de parcours dits atypiques publié sous ma signature dans La Presse du samedi 29 0ct0bre 2005 sous le titre «Quand la carrière emprunte des voies imprévues». La réutilisation de l’extrait du récit du parcours de Reno m’apparaît particulièrement approprié dans ce carnet et en début d’une année d’incertitude professionnelle pour plusieurs. La fin de mon intro était d’ailleurs, en parlant des parcours atypiques -«qui le sont moins qu’on aimerait le croire».

« Un plan de carrière, c’est intelligent. Mais la vie se charge vite de le démolir», lance Reno, confortablement installé dans un magnifique fauteuil déniché dans les rebuts.  L’environnement de ce créateur d’oeuvres en trois dimensions et de vitrines magiques, comme l’indique sa carte d’affaires, est peuplé de merveilles trouvées dans les sacs verts, les bacs de recyclage et les amoncellements de déchets jetés à la rue.
Dans son atelier, seules la colle et la vitre viennent du magasin. Cadres, pinceaux, acrylique et autres matériaux d’artistes, il les a rassemblés en glanant sur la voie publique.

« Jusqu’en 1992, je magasinais sur la rue Saint-Denis, dans les boutiques les plus chères. Maintenant, je trouve mes trésors dans la ruelle de la rue Saint-Denis », dit-il sans amertume. 1992, c’est l’année où il perd son emploi de maquettiste dans une grande agence de publicité. Son métier a disparu, emporté par l’arrivée des technologies numériques. Il est au milieu de la quarantaine. Finis les voyages annuels en Europe et dans le Sud, les repas fréquents au resto et les soirées au Théâtre du Nouveau Monde. Sa carrière et sa vie viennent de basculer. Pendant deux ans, il vivote de la pige. Puis, son seul client ferme ses bureaux montréalais. Il n’a plus aucun revenu et doit faire appel à l’aide sociale.

Le 1er juillet 1994, il voit des montagnes d’objets dans sa rue et se lance dans une première récolte qui le conduira à sa nouvelle carrière: transformer en oeuvres d’art ces richesses abandonnées.  Onze ans plus tard, il partage son temps entre un emploi alimentaire à temps partiel, son travail artistique et ses fouilles matinales. Ces jours-ci, certaines de ses oeuvres sont exposées dans une Maison de la culture. Sa nouvelle carrière avance.

« Avec le recul, je me dis que la perte de mon emploi, en 1992, a été un cadeau », dit-il.

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La suite?

J’ai revu Reno dans des expositions d’art écolo. Il a également présenté ses  oeuvres à la Maison de la culture Côte-des-Neiges en 2006. Depuis, aucune nouvelle, du moins dans le Cyberespace.

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