En rappel : Confusion urbaine sur les corneilles et les corbeaux

De retour dans ce carnet après un silence de plus d’un an, j’ai constaté avec un certain étonnement qu’il avait été consulté plus de 3 000 fois au cours des derniers mois, malgré son absence de nouveautés. Je m’y remets donc, promis. Pour relancer ce qui demeurera Correspondances insulaires, j’ai choisi, avec une certaine paresse, de diffuser à nouveau l’article le plus lu depuis sa création. Merci aux corneilles et aux corbeaux pour leur force d’attraction.

Sur ce, voici donc à nouveau : Confusion urbaine sur les corneilles et les corbeaux

Ça, c'est une corneille.

Ça, c'est une corneille.

Il y a quelques jours, pendant un passage matinal à l’enclos canin du Parc Lafond, un son strident s’est élevé au-dessus des têtes des maîtres et maîtresses de chiens urbains rassemblés sous un arbre pour échapper à la pluie. «Regardez, c’est un corbeau!», a lancé une dame. Je n’ai pu résister à la corriger en l’informant que l’oiseau noir en question était une corneille.

J’avais, en plus, trois bonnes raisons d’affirmer une telle chose avec aplomb. Lire la suite

Titanic, coupures du gouvernement Harper et Forum Atlantique branché

Il y aura 100 ans dans deux jours, les premiers signaux de détresse du Titanic étaient captés à Cape Race, à l’extrémité nord-est de l’île de Terre-Neuve. Le navire avait frappé un iceberg à plus de 200 milles marins de ses côtes mais grâce à la technologie sans fil, et à la présence de corps et d’esprit d’être humains connaissant la mer, les premiers secours pouvaient être déclenchés.

Il y aura, dans deux jours, commémorations à Cape Race. J’en serai. Mais je ne peux m’empêcher de penser que nous assistons actuellement à un autre très grand naufrage : celui d’un État soucieux du bien commun, en contact avec le monde et protégeant comme la prunelle de ses yeux les droits de ses citoyens.

Et qui, au surplus, s’affaire à réduire à néant l’émission de signaux de détresse, comme les appels à l’espoir de pans entiers de sa population.

Tel est, à mes yeux, le résultat inévitable des coupures dans les budgets d’organismes tels Radio-Canada/CBC, Téléfilm Canada et l’Office national du film (NFB). C’est aussi le résultat inévitable, à moyen sinon à court terme, de la fin du soutien financier au Programme d’accès communautaire à Internet annoncé par Industrie-Canada il y a quelques jours.

« Tout le monde a maintenant Internet », prétend le gouvernement fédéral. FAUX. Dans la péninsule de Port-au-Port, où je séjournais récemment, les locaux du PAC sont, pour de très nombreuses personnes, la seule façon d’accéder à Internet haute vitesse. Et dans certains villages de cette région de la Côte ouest de Terre-Neuve, les téléphones, même les plus intelligents, affichent : réseau non disponible.

Cette coupure a eu moins d’écho dans les médias de la Mainland, ainsi que les Terre-Neuviens désignent le reste du Canada, que les mesures de réduction des effectifs et des budgets des grandes institutions de la culture qui ont leurs sièges sociaux à Toronto ou à Montréal. Mais, je le répète, ses impacts sur les communautés rurales sont dévastateurs.

Les autres coupures du gouvernement conservateur de Stephen Harper dans la province commencent à être connus. Dans cette nouvelle de CBC, on apprend, entre autres, que l’Agence canadienne des services frontaliers perdra son directeur pour la province ainsi que le seul chien entraîné pour détecter les drogues et des armes sur l’immense territoire de l’île de Terre-Neuve et du Labrador, autrement nommé The Big Land .

Personne ne pleurera la perte d’emploi du petit Beagle. Il se trouvera même des gens pour s’en réjouir. Les mêmes, sans doute, qui se sont réjouis de la destruction annoncée du Régistre des armes à feu.

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Dans quelques jours, je participerai au Forum Atlantique Branché qui aura lieu à Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Un événement intéressant, important et fort pertinent pour les entrepreneurs et les communautés éloignées des métropoles comme Toronto et Montréal.

Dommage qu’au même moment, le gouvernement conservateur de Stephen Harper s’active à débrancher l’Atlantique.

EXCLUSIF : Échange avec Henry Mintzberg sur la planification stratégique et les origines du mot management

Les visiteurs attentifs de ce carnet auront compris que je vis depuis quelque mois à Terre-Neuve et que je suis quelque chose comme une « manager » de niveau, disons, « cadre intermédiaire ». Peu de temps après mon entrée en poste, j’écrivais par courriel à HM ce rapport :

Bonjour Henry,

1- Le gouvernement fédéral a financé un exercice de planification stratégique – 30 000.$ – à « mon » OSBL
2- « Mon » OSBL n’a aucun (ZÉRO) budget de fonctionnement!!!!! – Le gouvernement fédéral ne finance par le fonctionnement des OSBL
3- Une des conclusions de l’exercice de planification stratégique est que mon OSBL doit avoir un financement pour son fonctionnement
4- Comme mon OSBL n’a aucun budget de fonctionnement (seulement de projets) – et que les subventionneurs de projets ne financent pas de salaires.
5- Ma première idée, comme « manager », a été de me congédier.
6- Ma deuxième, comme « manager », a été de me transformer en « femme de ménage » (y en a qui appellent ça la réingénierie des processus).

Pour le reste, tout va bien pour moi on The Rock*!

All the best

J.

* Les visiteurs attentifs de ce carnet savent que Terre-Neuve a comme nickname The Rock – et toutes les photos de Terre-Neuve dans ce carnet en font la preuve.

***

Réponse de HM.

Mais tu sais, J, que le mot management vient du francais, premièrement de diriger des chevaux (par “main”) et deuxièemement de faire le ménage de la maison.

So—happy managing!!

H

***

PS. Aujourd’hui, j’ai fait – au sens propre – du ménage dans des locaux d’un studio de radio à St.Johns. Et lundi, je ferai – au sens propre – du ménage dans les locaux d’un studio de radio à Labrador City. « So-happy managing » disait HM.

They live by the sea. They die by the sea. Et, pour l’éternité, Lockyier will see the sea.

Le voyage d’un livre, et de l’itinéraire des managers, et de ceux qui écrivent sur les managers, c’est aussi des temps de pause. Des moments pour ce que certains appellent « prendre du recul », et que d’autres, HM peut-être?, des moments pour regarder, voir et avancer. Pour « Avancer en arrière », comme le disaient jadis les chauffeurs d’autobus montréalais?

Je ne sais pas pourquoi, mais en prenant une pause, cette fin de semaine, j’ai vu en 3D la preuve que ce n’était pas le dur labeur que détestent et qui tuent les hommes et les femmes. Même que jusque dans la mort, des proches d’hommes et des femmes qui les ont aimés proclament leur amour pour le dur labeur, quand, pour eux, il avait un sens.

Voici , croqué avec un iPhone, à Garden Cove, dans la baie de Placentia, à Terre-Neuve, ce que j’ai vu ce matin. Et ce que Lockyier verra pour l’éternité.

Lockyier. 1894-1973. Garden Cove, NL.

Lockyier voit la mer et les montagnes, pour l'éternité.

Mintzberg parmi les plus grands penseurs de la gestion au monde, encore

Voici ce que m’a appris mon alerte Google Mintzberg du jour.

Je cite le McGill Reporter du 18 novembre : « Henry Mintzberg, the Cleghorn Professor of Management Studies at the Desautels Faculty of Management, is one of four Canadians listed among the world’s Top 50 business thinkers, according to biennial rankings sponsored by the Harvard Business Review. Mintzberg, who ranked No. 30, is the author or co-author of 15 books, including the influential Rise and Fall of Strategic Planning.»

J’ignore qui a choisi Rise and Fall of Strategic Planning parmi ses livres mais je trouve ça plutôt amusant. Ce livre -
Grandeur et décadence de la planification stratégique, en français -, date de 1994 alors que Managing – Gérer, tout simplement en français, paru il y a deux ans, a gagné le prix du meilleur livre de gestion de l’année 2010 au Royaume-Uni. Cet honneur a été décerné par la British Library, entre autres.

Rise and Fall of Strategic Planning, donc, serait donc un livre influent. Pas assez, je trouve. Car ces jours-ci, de nombreux ministères imposent des exercices de « planification stratégique » très coûteux à leurs « subventionnés » à qui ils coupent par ailleurs les subventions après qu’ils aient financés ces coûteux – et souvent totalement inutiles – exercices de planification dite stratégique. (auto-pub : HM revient à quelques reprises dans mon livre sur ses critiques à l’endroit de ces exercices, et sur l’essence de ce qu’est la stratégie.

J’y reviendrai sans doute, un jour ou l’autre. D’ici là, je profite de la nouvelle de ce classement pour citer un extrait de mon livre qui traite, justement, des classements de ce genre.

Son titre est : Le gourou et les classements. J’en suis la signataire

Mintzberg a été désigné en mai 2008 comme le neuvième plus important « Business Thinker » au monde par le Wall Street Journal. Entre 2008 et 2009, il est passé de la 16e à la 33e place d’un autre palmarès, le « TOP 50 Global Business Thinker », établi par la firme Crainer Clearlove. Peu importe son rang, ces « reconnaissances » sont absentes de son curriculum vitae.

Que pense-t-il de ces classements? Sa réponse est une anecdote.

Il y a quelques années, des journalistes britanniques ont téléphoné à son bureau de l’Université McGill pour lui réclamer une entrevue. Il leur a fait savoir qu’il n’avait pas le temps. Ils sont revenus à la charge lorsqu’ils ont appris qu’il prononçait une conférence à Londres. Ils ont alors proposé de le rencontrer à son arrivée à l’aéroport d’Heathrow, à 7h30 le matin, heure locale.

HM se demandait bien quel grave enjeu méritait tout ce ramdam. Il a donc été étonné d’entendre la question suivante : « Monsieur Mintzberg, il y a beaucoup de concurrence dans votre domaine – lire les gourous du management. Comment vivez-vous cette pression? »

Il se rappelle qu’il était de mauvais poil, après un vol de sept heures sans sommeil. Il a répondu, du tac au tac : « I never set out to be the best. It’s too low a standard. It’s sounds horribly arrogant, but it’s not. I set out to be good. I compete with myself. I set out to do my best. » Je n’ai jamais cherché à être le meilleur. Ce standard est trop bas. Ça peut sembler terriblement arrogant, mais ça ne l’est pas. J’ai toujours travaillé pour être bon. Je suis en compétion avec moi-même. Je fais de mon mieux.

HM adore raconter cette anecdote et re-citer cette réponse. On la retrouve d’ailleurs, mot pour mot, dans un article de la journaliste Sharda Prashad, paru dans l’édition du 28 septembre 2009 du magazine Canadian Business. Il a toutefois apporté cet ajout. « Presumably that’s what they will put on my tombstone ». Je présume que c’est ce qu’ils mettront sur ma pierre tombale.